Porte-parole et bénévole des Restos du cœur, Yves Mérillon revient dans le "11h/13h" du mardi 18 novembre, sur la réalité de la pauvreté en France. Ainsi, "42% des familles que nous recevons, une fois le loyer et les charges locatives payés, n'ont plus un euro pour terminer le mois", déplore-t-il, en marge du lancement de la campagne annuelle de l'association.
Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
Vous êtes porte-parole de l'association des Restos du cœur et vous-même bénévole depuis maintenant douze ans. On l'a entendu, vous êtes obligé de durcir les critères d'accès. Comment expliquez-vous qu'il y ait de plus en plus de Français en difficulté ?
Yves Mérillon : Je crois qu'il y a une série de crises. La dernière, c'est la poussée inflationniste après le déclenchement de la guerre en Ukraine qui a fait basculer des dizaines de milliers de personnes du mauvais côté de la barrière. L'Insee l'a objectivé cet été en publiant une étude qui montre que plus de 15% des Français vivent sous le seuil de pauvreté. C'est un taux qui n'a jamais été atteint.
Qui sont les personnes qui se tournent vers les Restos du cœur ?
Il y a beaucoup de jeunes. Ça nous a surpris la première fois qu'on a fait la statistique. La moitié des personnes accueillies chez nous ont moins de 25 ans. C'est énorme. Il y a des étudiants, il y a des enfants avec les familles. Il y a aussi beaucoup de familles monoparentales, ce qui est un sujet de préoccupation important pour nous parce qu'on sait qu'elles sont beaucoup plus fragiles que les familles à deux parents. Puis on a toujours des retraités avec des petites retraites, des gens qui ont eu des carrières interrompues. On a des travailleurs pauvres qui travaillent à temps incomplet et qui ne s'en sortent pas.
Quels sont les critères que vous appliquez cette année ?
On a un seuil de revenu, de reste à vivre. On compare le reste à vivre des familles à un certain seuil. Si on est en dessous, on peut accéder à l'aide alimentaire. Je vais vous donner un chiffre effrayant : 42% des familles que nous recevons, une fois le loyer et les charges locatives payés, n'ont plus un euro pour terminer le mois. Donc, ces personnes, on les voit, comme d'autres associations, parce que sinon ils ne peuvent pas joindre les deux bouts. Ou dans le cas des familles monoparentales, des mamans qui nous disent : "Moi, mes enfants, ils manqueront de rien, mais c'est moi qui vais me priver d'un ou deux repas par jour."
Observez-vous une disparité en fonction des territoires ?
Il y a une disparité entre zones rurales et zones urbaines, mais, au final, ce sont quand même des gens qui, non seulement ont un revenu extrêmement faible, mais qui sont en précarité par rapport à l'emploi, par rapport aux droits sociaux, par rapport au logement. Ce sont des gens qui cumulent des précarités. Ce n'est pas simplement la précarité alimentaire.
Les Restos, qui devaient être ponctuels, existent toujours. Ne s'agit-il pas d'une certaine forme d'échec, même si c'est un terme qui est difficile à employer, quand on voit à quel point c'est nécessaire ?
C'est un échec de la société, qui montre qu'elle n'est pas capable de protéger la totalité des citoyens. Mais un ancien ministre disait aussi que constater que des bénévoles peuvent relever le défi, c'est aussi une manière de ne pas désespérer de la nature humaine.
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