Le procès tombe plutôt mal, quelques jours après le placement en garde à vue de plusieurs policiers de l’antenne de l’office antistupéfiants de Marseille pour corruption, complicité d’importation de stupéfiants, vols en bande organisée et faux en écriture publique. Ce vendredi, quatre policiers de Tarascon, toujours dans les Bouches-du-Rhône, seront jugés devant le tribunal correctionnel de la sous-préfecture pour détention et transport de drogue, faux et usage de faux et complicité de ces mêmes faits.
Ces policiers ont été récemment entendus par l’inspection générale de la police nationale. Ils sont accusés d’avoir donné abusivement des fausses amendes délictuelles entre 2023 et 2024 sur quatorze victimes. Selon nos informations, ces policiers, et notamment un en particulier, procédaient selon un même mode opératoire. Lors de contrôles, ils prenaient en photo les pièces d’identité des personnes sans justification apparente.
Puis ces personnes ainsi que leurs véhicules étaient systématiquement fouillées, souvent sans qu’une infraction ne soit découverte. Enfin, les personnes étaient verbalisées par une amende forfaitaire délictuelle a posteriori, sans en être avisées jusqu’à la réception de l’amende. Plusieurs victimes ne reconnaissaient par ailleurs pas la signature figurant sur les procès-verbaux les concernant.
Dans les casiers individuels des mis en cause mais aussi dans l’armoire collective du commissariat de Tarascon, les forces de l’ordre ont retrouvé également du cannabis, ainsi que des pochons neufs. Selon nos informations, une collègue de ces policiers a par ailleurs rapporté avoir découvert de la drogue sur la voie publique dont la propriété avait été attribuée plus tard à un individu qui a fait l’objet d’une fausse verbalisation. Certains de ces policiers sont ainsi accusés d’avoir fabriqué des preuves de toutes pièces. Deux des prévenus sont renvoyés pour «détention et transports de produits stupéfiants.»
Pression hiérarchique
Devant les enquêteurs, l’un des policiers mis en cause, identifié comme l’investigateur de cette supercherie, a reconnu stocker de la drogue découverte sur la voie publique et l’avoir ensuite imputée à des personnes qui le moquaient ou lui mentaient. «Quand on réalise une amende forfaitaire délictuelle pour consommation de stupéfiants, il faut aggraver à l’amende le produit dans une enveloppe» explique son avocate, Me Charlène Neveu-Sanchez. Les PV étaient ensuite signés par le policier lui-même. Un autre policier est accusé d’avoir administré une amende sur ce principe, les autres étant renvoyés pour complicité.
«On laisse les policiers se dépatouiller sur le terrain avec des gens qui peuvent leur être hostiles, justifie Me Charlène Neveu-Sanchez. Ils sont raillés à longueur de temps. Avec la pression, il en a eu marre qu’on se moque de lui. Il a finalement péché par excès, pour faire plaisir à la hiérarchie. Et à force de se faire humilier, il a vrillé. » La supercherie a été décelée à la suite de nombreuses contestations de ces amendes par les personnes verbalisées. «C’était toujours le même matricule, les mêmes agents et la même procédure», affirme Me Patrick Gontard, avocat de trois des victimes, qui réclame «le remboursement» des sommes prises à ses clients. Dans ce cadre, l’avocat entend d’ailleurs saisir le tribunal administratif pour demander à l’État de reverser cet argent indûment perçu.
«Mon client est quelqu’un de droit, un jeune policier qui n’avait pas beaucoup d’expérience, et c’est son chef qui a commis les faits, rapporte Me Leslie Arnout, l’avocate d’un des policiers mis en cause. Il vit la situation de manière un peu difficile. Il est tendu. Il aime son métier. Il voulait exercer dans les règles et il conteste la complicité.» «Mon client a parfaitement conscience de l’impact que cette affaire va avoir, souffle Me Neveu-Sanchez. Il a totalement glissé et il sait que sa carrière dans la police est terminée. Il a plus d’une cinquantaine d’années et il est au plus mal. » Depuis leurs arrestations, ces policiers sont interdits d’exercer conformément à la décision prise lors de leur contrôle judiciaire.