À Pougues-les-Eaux, petite commune thermale de 2500 habitants dans la Nièvre, une réplique de la flèche et de la charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris pourrait bouleverser l’horizon. Cette reconstitution grandeur nature est portée par l’association Restaurons Notre-Dame, fondée après l’incendie de 2019. Dans la même logique que Lascaux IV, l’objectif est de rendre accessibles au public les espaces de Notre-Dame qui ne le sont pas, cette fameuse « forêt », surnom donné la structure en bois disparue pendant l’incendie de 2019. Mais la construction de cette réplique est encore loin d’aboutir.
Le programme a été officialisé à Paris le 13 octobre. Intitulé « La flèche et la forêt Notre-Dame », il devrait s’installer au Mont-Givre à Pougues-les-Eaux, dans la Nièvre, sur un site de six hectares. La petite commune rurale, située à quinze kilomètres de Nevers et principalement connu pour son casino, a été retenue à l’issue d’un audit mené sur onze sites. « Le premier critère était la proximité d’une grande forêt, explique Pascal Jacob, fondateur et président d’honneur de l’association Restaurons Notre-Dame. Plusieurs sites répondaient à ce critère, mais la Nièvre s’est imposée naturellement : la forêt des Bertranges, l’une des plus vastes d’Europe, se trouve à deux pas, et le site du Mont-Givre offre une visibilité exceptionnelle de trente à quarante kilomètres. »
Passer la publicitéLe projet est ambitieux. Si ambitieux, qu’avant même d’avoir posé la première planche, il a déjà été revu à la baisse. Il y a deux ans, il était estimé à 70 millions d’euros. « Colossal, selon Sylvie Cantrel, maire de Pougues-les-Eaux et vice-présidente au Développement touristique de l’agglomération de Nevers. Il comprenait la reconstitution complète de la “forêt” de Notre-Dame et une fréquentation estimée à 350 000 visiteurs par an. »
Une reconstitution de la flèche pour 2029
Les collectivités locales ont vite mis le holà. « C’était hors de question que nous investissions dans un projet aussi lourd », tranche-t-elle. « En mars 2025, Pascal Jacob est revenu vers nous avec une version allégée. Le projet a été divisé en deux avec une première phase à 16 millions d’euros qui ne porte que sur la flèche. Je l’ai présenté en conseil municipal et il a fait l’unanimité », poursuit-elle. Cette « phase 1 » de la reproduction doit être lancée en 2026 pour s’achever en 2029.
Pour la flèche, comme pour la charpente de 120 mètres de long, le bois employé sera le même que celui employé pour Notre-Dame : du chêne provenant des forêts domaniales des Bertranges et de Guérigny, situées à quelques encablures de Pougues-les-Eaux. La réplique culminera à près de 80 mètres de hauteur, soit environ 210 mètres au-dessus du niveau de la Loire, et dominera ainsi les alentours.
Les 16 millions nécessaires à l’édification de la flèche doivent exclusivement provenir du mécénat. L’association veut cibler des « grands groupes industriels, banques, assurances, grandes fondations, etc. ». Le palier de déclenchement des travaux se situe à dix millions d’euros, « ce qui reste très abordable pour une opération d’une telle ampleur », estime Pascal Jacob.
L’ensemble de la charpente prévu pour 2036
La deuxième phase du projet, qui comprend le chantier ouvert au public de la nef, du chœur, des absides et des beffrois, sera réalisée entre 2030 et 2036. L’ensemble sera ensuite recouvert de plaques de verre pour laisser passer la lumière du jour. Cette fois, le financement sera différent, « on ne sera pas uniquement sur du mécénat », explique-t-il en reconnaissant que le budget n’est pas encore finalisé. Ce second projet sera adapté aux fonds disponibles. « On pourra se retrouver dans un premier temps avec une charpente sans couverture, on a prévu plusieurs scénarios. »
Reste « une épine noire »
Un obstacle majeur doit encore être levé : la démolition d’un ancien hôpital désaffecté sur le site prévu pour accueillir la charpente. « C’est une épine noire, reconnaît Pascal Jacob. L’établissement est désaffecté depuis des années, et les autorités étudient actuellement le calendrier de sa démolition. » Denis Thuriot, président de Nevers Agglomération et du centre hospitalier, souhaite céder le site désaffecté à l’agglomération, « pour une somme symbolique ». Mais le terrain est encore aujourd’hui propriété du centre hospitalier de Nevers. L’opération de destruction devrait ensuite coûter à elle seule plus d’un million d’euros, à la charge de l’agglomération. L’édile espère « bénéficier du fonds vert de l’État » pour cette opération.
Malgré les obstacles, l’agglomération de Nevers et la municipalité de Pougues-les-Eaux se montrent déterminées. « C’est une chance extraordinaire pour l’attractivité de Pougues-les-Eaux », insiste la maire. La commune a d’ailleurs intégré le projet au plan local d’urbanisme : « Nous avons une logique de développement d’activités culturelles et de loisirs. Ce projet s’inscrit parfaitement dans cette orientation. »
Sylvie Cantrel y voit un véritable levier touristique. « Nous sommes au cœur d’un triangle de tourisme spirituel et patrimonial : à dix kilomètres de Nevers et du sanctuaire de sainte Bernadette, à vingt kilomètres du prieuré de La Charité-sur-Loire et à une heure de route de Vézelay et de Bourges », rappelle la maire de Pougues-les-Eaux. L’association Restaurons Notre-Dame espère attirer 50 000 visiteurs en 2029, 110 000 en 2030 et 150 000 en 2031, avec un ticket d’entrée entre 5,50 et 16 euros selon le parcours. « Ce sont des estimations raisonnables », assure Pascal Jacob.