Notre critique de Bugonia : un duel en sous-sol avec Emma Stone

Ça, elle va le payer cher. Emma Stone dirige Auxolith, une multinationale spécialisée dans les produits pharmaceutiques et les pesticides. Deux illuminés qui la rendent responsable de tous les maux décident de la kidnapper. Teddy, redneck aux allures de hippie, et son cousin, à moitié retardé, la séquestrent dans le sous-sol de leur ferme perdue au milieu de nulle part. Ces deux apiculteurs lui ont rasé le crâne, ont enduit son visage de crème, la soupçonnent d’être une extraterrestre en provenance de la planète Andromède. On voit le niveau. Détail pas si anodin : ils ont subi une castration chimique. Ouille.

Menottée, avilie, la star de La La Land  n’a pas vraiment envie de chanter. Cette PDG en tailleur sombre a eu droit à la couverture du Time. Elle a un sourire de banquise, ses talons aiguilles claquent comme une menace. Ses propos sont à double sens. Il faut l’entendre se plaindre du discours préparé par ses assistants qui contient trop le mot « diversité ». Elle joue les grands seigneurs. C’est un masque. Que les employés partent à 17 h 30 s’ils le veulent. Sauf s’il leur reste du travail. Nuance.

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Une belle mécanique

Dans la cave, un duel se déroule à coups de mots. La violence n’est pas que psychologique. Le complotiste n’hésite pas à l’électrocuter avec du 400 volts. Jesse Plemons (sosie de Matt Damon) déploie des théories anticapitalistes, verse dans une logorrhée écoterroriste, passe des heures sur internet, alterne charme et brutalité. Sa mère est à l’hôpital, dans le coma, suite à la prescription d’un médicament fabriqué par ladite firme. La prisonnière lui tient tête. Il ne s’agit pas d’un mince exploit. C’est une jeune femme aux grands yeux étonnés. L’innocence n’appartient pas à son trousseau. Elle continue à être sûre d’elle, autoritaire. La duplicité lui sert d’armure. Elle sait se battre, a de la ressource.

Bugonia est une belle mécanique. Chaque séquence est source de surprises. Ce Misery à l’envers mélange gore et politique, insolence et originalité. Le cynisme a son couvert mis. L’ennui est absent. Remake d’un film sud-coréen de 2003, ce long-métrage de Yorgos Lanthimos est une aventure, une montagne russe. Il y a un policier obèse qui a l’air de sortir de chez les frères Coen, une explosion involontaire, une pirouette finale. L’Amérique profonde offre son décor à ce huis clos qui n’aurait pas déplu à Norman Bates, le héros de Psychose .

Nihiliste, sardonique, Yorgos Lanthimos ne révolutionne peut-être pas le septième art, mais il a le mérite de le secouer. Le cocktail réveillera le plus assoupi des publics. Pour lui, le cinéma est un parc d’attractions, un musée des horreurs. Visiblement, le genre humain ne lui inspire pas un immense respect. Quant à Emma Stone, devenue la muse du réalisateur, avec sa coupe à côté de laquelle la coiffure de De Niro dans Taxi Driver semble ébouriffée, il faut le voir pour le croire. Même sans cheveux, elle est pleine de talent. Les abeilles apprécieront.

Notre avis : 3.5/4

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