Son salaire va être divisé par 25 : cet ex-dirigeant de multinationale a tout plaqué pour devenir garagiste

Son salaire va être divisé par 25 : cet ex-dirigeant de multinationale a tout plaqué pour devenir garagiste

Une Harley Davidson de collection fraîchement restaurée dans l’atelier de Boris Pernet. Photo fournie par l'intéressé.

TÉMOIGNAGE - L’homme a quitté un poste haut placé dans la logistique internationale chez Geodis pour vivre de sa passion : la restauration de motos Harley-Davidson.

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Et si la vie ne nous amenait pas forcément au bon endroit ? En 2020, au moment de la crise du Covid, Boris Pernet était au summum de sa carrière chez le transporteur international Geodis. Comme directeur général de la ligne de métier Supply Chain Optimisation, il gérait presque un milliard d’euros de chiffre d’affaires, négociait des contrats commerciaux internationaux et avait 1200 salariés sous ses ordres répartis dans une cinquantaine de pays. «C’était une vie d’aéroports, de voyages à droite à gauche», décrit-il. «J’avais fait le tour de la question», coupe vite Boris lorsque l’on évoque sa vie d’avant. Autrement dit, «ras le bol» de ce monde usant, où « on ne coupe jamais réellement » et dans lequel « il y a toujours une charge mentale résiduelle dont il est compliqué de se séparer». Finalement les seuls moments où il arrivait à prendre du recul, c’était dans son garage en bricolant.

Fin 2021, il raccroche. Après une année de pause, il crée son entreprise baptisée «American Machines Import» : on est alors en 2022. Son idée est d’importer des Harley Davidson de collections depuis les États-Unis pour les restaurer et les vendre. Sa connaissance du pays facilite les choses. «J’ai réuni mon expertise de la chaîne logistique, à une passion que j’ai toujours entretenue pour la mécanique», explique Boris. «Mon grand-père et mon père étaient bricoleurs, j’ai toujours aimé ça. C’est ma madeleine de Proust», dit-il.

Réduire son salaire par 25

Boris fait les restaurations lui-même, mais son entreprise ne rentre pas encore dans la catégorie des garages, il ne bénéficie donc pas de tarifs avantageux sur les pièces et consommables neufs et il ne peut pas répondre à la demande croissante de ses clients pour l’entretien des machines qu’il vend. «Je sous-traitais aux garages locaux pour faire les choses compliquées, puis j’ai décidé de passer un CAP de mécanique motocyclette, que je prépare pour le mois de juin», annonce-t-il.

Il sera alors officiellement garagiste, lui qui gagnait environ 500.000 euros par an à Géodis ne regrette rien à son choix. «Si j’arrive à me payer 15.000 ou 20.000 euros en rémunération annuelle, ce sera bien. Ce n’est pas que je n’aime pas l’argent, j’en ai mis de côté. Mais j’avais un ras-le-bol d’une société où on consomme pour consommer, où on est esclave de notre propre consumérisme». «Je rencontre des gens géniaux, c’est différent, ça a un côté sympa d’avoir son propre emploi, son propre revenu. Le rapport avec moi-même a changé», ajoute-t-il. « Toutefois, si cela devait ne pas fonctionner comme attendu, il me faudrait remettre mon habit de lumière», s’amuse-t-il, «mais j’aurai essayé ! »

«La France d’en bas»

Il ne regrette donc rien. «Avant, j’étais comme une souris dans une roue. Maintenant, je suis plus en accord avec mes valeurs intrinsèques, j’ai retrouvé de la joie. À 54 ans, je me suis dit qu’il y a d’autres choses à voir dans la vie». Ce saut dans l’inconnu n’en est qu’un à moitié. Au moment de ses études Boris n’était déjà pas très à l’aise avec le monde auquel il se destinait. «J’ai obtenu un DEA en économie à Paris 1 et Sciences Po Paris, mais ne me sentais loin de mes racines, j’aimais apprendre, j’étais curieux, mais assez décalé par rapport à ceux qui m’entouraient. Pour financer mes études, je travaillais à Rungis la nuit en tant que préparateur de commande, j’étais un profil atypique. Mais le plus important était que j’avais plus de plaisir avec la France d’en bas, comme dirait Jean-Pierre Raffarin », rigole-t-il.

Une Harley Davison restaurée par Boris Pernet Image fournie par l’intéressé

Désormais sa vie consiste à développer un réseau de partenaires, acheter des pièces toujours aux États-Unis, «sourcer des machines, des fournisseurs, des modèles que mes clients recherchent». Il détaille son travail du quotidien : «J’organise le transport, l’arrivée en France, je vais les chercher quand elles arrivent, je les inspecte de près et je les rends désirables. Pour la commercialisation, je passe par ma page Facebook, ou ma boutique le Bon Coin , ou encore les salons dédiés aux deux roues. J’assure la vente, la comptabilité et parfois la livraison moi-même. La semaine dernière j’étais à Metz, la semaine d’avant à Strasbourg, encore avant en Charente», résume-t-il. Dans sa vie d’avant Boris Pernet voyageait partout dans le monde, maintenant il le fait partout en France. «J’aime réaliser le rêve de mes clients, voir leur visage quand ils reçoivent leur moto», conclut-il.