Un canal vétuste, laissé pendant un siècle à l’abandon, entraîne aujourd’hui le gaspillage de millions de mètres cubes d’eau à la limite entre deux communes de la Côte d’Azur. Le chantier pour reconstruire un canal a commencé en mai et ne devrait voir le jour qu’en 2030.
Passer la publicité Passer la publicitéParler de gaspillage d’eau n’aurait sans doute pas de meilleure illustration que dans le vallon des Espartes, à la frontière entre les villes de Saint-Laurent-du-Var et Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes. Là, où, pour un litre d’eau tirée au robinet, quatre autres litres d’eau potable sont déversés en pleine nature, avant de se jeter à la mer. À la réalité de millions de mètres cubes d’eau rejetés s’ajoute celle de la durée : le problème perdure depuis pas mois d’un siècle et n’est traité que depuis le mois de mai. Durée de la résolution : environ cinq ans, et pour la bagatelle de trente millions d’euros.
À pied d’œuvre sur le - récent - chantier, Hervé Paul, maire de Saint-Martin-du-Var et président de la régie Eau d’Azur, casque de chantier et gilet de protection orange fluo. «L’objectif c’est de supprimer le gaspillage et de protéger les ressources en eau», annonce-t-il, catégorique. Pour ce faire, un nouveau canal est en construction, en parallèle de l’actuel, de la colline de Carros jusqu’au vallon des Espartes, à la limite entre les deux communes.
Passer la publicitéUn siècle de négligence
À l’origine, le canal de la rive droite du Var, construit en 1904, est un héritage d’une concession d’État géré par la société éponyme, et qui a pris fin en 2022. À cette date, la régie Eau d’Azur, qui appartient à la Métropole Côte d’Azur, opère le changement de gestion et prend connaissance de la vétusté du canal, qui court sur quatorze kilomètres et dessert 3800 abonnés.
« Rien que sur les trois premiers kilomètres du canal, on perd déjà un million de mètres cubes d’eau »
Hervé Paul, président de la régie Eau d’Azur
«Chaque année, sur quatre millions de mètres cubes d’eau prélevés dans la nappe phréatique au pôle de pompage Amanda, près de Carros, on ne vend que 760.000 mètres cubes d’eau», résume tristement Hervé Paul. «Tout le reste, c’est du gaspillage». Le hic, c’est que ce canal fonctionne depuis plus d’un siècle de façon gravitaire, «c’est-à-dire qu’il ne marche pas avec la pression», sans jamais avoir été entretenu, «passant même parfois au milieu des propriétés». «Il y a donc une surverse», schématise le président de la régie Eau d’Azur. Et d’illustrer : «rien que sur les trois premiers kilomètres, on peut perdre un million de mètres cubes d’eau par an».
Trois phases pour un chantier pharaonique
Depuis le mois de janvier 2022, «la métropole a réalisé les études nécessaires pour restructurer le canal, avant de lancer les marchés l’année suivante», détaille Hervé Paul. «Il faut que le réseau de la rive droite soit connecté à la régie d’eau et d’assainissement de la métropole. Alors depuis mai 2025, on a créé un nouveau canal, ex nihilo». Les quatre premiers kilomètres sont en train d’être posés à l’aide de nouvelles canalisations en fonte d’un mètre de diamètre, et pour un coût de huit millions d’euros hors taxes.
Il s’agit là de la première étape d’un chantier pour le moins titanesque, «un des plus gros chantiers d’eau français, et un chantier vert » nous assure la métropole. «Aujourd’hui, trois des quatre kilomètres ont été posés. Cette première phase sera terminée en janvier-février 2026 avec les essais de pression et le raccordement», expose Hervé Paul, qui assure que le chantier n’a pour l’heure pris aucun retard.
Mise en service à l’horizon 2030
La deuxième phase sera consacrée à une partie plus au nord jusqu’au pompage, soit un kilomètre et demi, plus neuf cents mètres au sud. «Cela va coûter quatre millions d’euros. Dès que la deuxième partie sera finie, en janvier 2027, il y a aura déjà une économie d’un million de mètres cubes d’eau par an», projette-t-il. La troisième et dernière phase se déroulera entre 2028 et 2029 «pour continuer le chantier vers le sud, sur deux kilomètres avec deux tuyaux et pour cinq millions d’euros».
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Passer la publicitéIl faudra encore installer le pompage et mettre en place le réseau de distribution d’eau : s’ajoutent donc 8,2 millions d’euros. «Et en 2030, c’est la mise en service !», se réjouit le président de la régie Eau d’Azur. Coût total : trente millions d’euros. «Il était temps ! Même si ce n’est pas pour tout de suite», rient jaune certains habitants du Vallon des Espartes. Là-bas, l’eau potable coule parfois au pied des maisons. «C’est vrai qu’on a du mal à comprendre quand on nous parle d’écologie... Ou même de restrictions d’eau», soupire un commerçant.