Au Théâtre de la Ville, les danseurs du Ballet du Rhin en jettent

Mercredi 22 mai, au soir, le Ballet de l'Opéra national du Rhin dansait la première parisienne de son programme Spectres au Théâtre de la Ville. Lucinda Childs, Bruno Bouché et William Forsythe réunis sous cet intitulé pour le moins énigmatique. La personne derrière nous est partie à l'entracte. Est-ce parce qu'elle était fatiguée des fantômes ? Les esprits l'avaient mal inspirée. Car dans cette soirée, on peut, si on veut, arriver après l'entracte. Juste pour Enemy in The Figure, de William Forsythe. Mais sous aucun prétexte quitter la salle avant. Enemy est diabolique. Le chorégraphe l'a créée en 1989 pour onze danseurs de son Ballet de Francfort.

Forsythe signe les costumes, chemise à pois, pantalons à rangs de franges. Thom Willems, la musique. Une ballerine en justaucorps couchée au fond de la scène côté jardin essaie de dompter une corde. À sa droite, un panneau ondulé couleur bois. Dans un coin, un projecteur sur roulettes. Tel est le décor singulier d'un bal mené comme une déflagration.

Quand la fille secoue la corde à un bout, les ondes du mouvement se propagent jusqu'à l'autre. Elles atteignent les danseurs présents sur le plateau qui foncent ou s'interrompent. Deux garçons exécutent ensemble un rock'n'roll risqué avec portés et rebonds à l'horizontale sur le panneau ondulé. Six danseurs sortent de derrière celui-ci pour esquisser une gigue bien sage comparée aux figures de l'extrême jaillies du corps des autres propulsés dans l'espace comme des fusées. La vitesse et la virtuosité n'empêchent pas la sensualité.

Virtuosité et invention

On retrouve les déhanchés sexy chez les filles, accompagnés d'une manière irrésistible de ramener un mollet levé en arrière. Ce qui saisit surtout, au moins autant que la virtuosité des danseurs, c'est celle de l'invention. Elle fuse de partout : impossible de savoir ce qui va se passer. Il y a une jouissance aiguë du chaos qui se conjugue à celle du mouvement parfaitement maîtrisé. La danse prend le projecteur, créant un ballet d'ombres qui démultiplie la géométrie convulsive de la chorégraphie. C'est inquiétant, envoûtant, prodigieux. On dit qu'on n'arrête pas le progrès. Mais a-t-on vraiment fait mieux depuis trente-cinq ans ?

Avant l'entracte ? Morne plaine en comparaison. Le Ballet du Rhin reprend Songs from Before, créé pour lui par Lucinda Childs à la demande de Bertrand d'At en 2009 sur une musique de Richter

Et avant l'entracte ? Morne plaine en comparaison. Le Ballet du Rhin reprend Songs from Before, créé pour lui par Lucinda Childs à la demande de Bertrand d'At en 2009 sur une musique de Richter. La pièce est formellement très belle avec un travail sur les lignes, la marche, le rythme, les variations et les répétitions, les lumières, les reflets, mais elle s'étire avec une poésie certaine sans toutefois prendre le spectateur dans la transe de son canevas. Quant à Bruno Bouché, on ne retiendra pas sa chorégraphie. En revanche, quel directeur de troupe ! Ses danseurs, affûtés comme des lames, emportent à merveille et Forsythe et Childs. Bravo l'artiste.

Spectres , au Théâtre de la Ville (Paris 4e), jusqu'au 25 mai.

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