Vous savez dit un « acte anti-Français » ?

Samedi 31 mai 2025, un homme de nationalité tunisienne, vivant et travaillant en France depuis quatorze ans, a été froidement abattu par un ultranationaliste qui avait posté divers messages dont un demandant de « prêter allégeance au drapeau français ». Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, intervenant sur BFMTV lundi 2 juin dans l’après-midi, évoquait « un crime raciste », c’est bien le moins, et ajoutait : « Chaque acte raciste est un acte anti-Français parce que la France c’est aussi la République française, et la République ne fait aucune différence selon les origines, selon la couleur de peau, selon les religions. »

A priori, il n’y aurait rien à redire, et manifestement la phrase n’a pas provoqué plus de commentaires que cela. C’est un « acte anti-Français ». La formule est étrange, voire bizarre. Dans sa structure de négation, elle trouble le message et renvoie à un autre message non dit et inquiétant. Et, tout d’abord, renversons la proposition faite sur le plateau de BFMTV. Mais qu’est-ce qu’un acte français ? Bien malin qui saurait le dire… Après tout, le tueur raciste d’extrême droite n’a-t-il pas eu la certitude de commettre un acte typiquement français de résistance à l’invasion supposée de l’Afrique du Nord ?

Ni française ni anti-française, c’est la haine de l’extrême droite et de son idéologie qui a tué le modeste mais digne coiffeur tunisien.

Un acte français ? On suppose que le ministre ne commet donc que des actes français lorsqu’il traque les travailleurs sans papiers mais s’échinant comme des bêtes, qu’il commet des actes bien français lorsque les OQTF se multiplient et fracassent des vies de gens simples et intégrés à la communauté nationale. Un acte français serait donc d’agir en fonction de son idéologie à lui, décrite ainsi par Alain Duhamel, que l’on pourrait difficilement soupçonner d’être un dangereux révolutionnaire : « Retailleau est très intelligent, cultivé, mais c’est l’incarnation de la droite conservatrice, cléricale et protectionniste des années 90… 1890. »

L’expression mystérieuse se précise. Derrière la « République » comme cache-misère et mot passe-partout, le personnage n’a jamais changé de pensée. Il vomit tout ce qu’a fait naître mai 1968, il est violemment contre le tournant de 1981. Son personnage s’est édifié dans le bain rétrograde et ultradroitier du Puy du Fou. Un acte français renverrait donc à un acte qui transcrirait cette idéologie. En fait, d’un côté il défend l’idée d’un danger pour la France de perdre sa culture catholique, son histoire et sa civilisation, et d’un autre il ne peut que condamner une personne qui a traduit de façon outrancière et tragique… la logique de ses mots.

Une parole française et un acte anti-Français donc, diamétralement opposés, mais puisant à la même origine. Le message se brouille et l’on croit entendre autre chose… Où est l’acte français ? Pour le peu que je connaisse en histoire, ceux qui ont inventé la France contemporaine, les députés des Assemblées révolutionnaires, et le peuple en révolution, n’ont jamais revendiqué d’« actes français », mais des actes patriotiques, des actes républicains sûrement, et c’est toute la différence. Car l’antiracisme n’est pas français, n’en déplaise à M. Retailleau. Il est une valeur universelle qui n’appartient à aucun pays, à aucune nation. Ce qui a été commis dans cette immondice de meurtre, prémédité manifestement, est un crime contre toute l’humanité et en aucun cas un « acte anti-Français ».

Nous ne savons toujours pas ce qu’est un acte anti-Français au regard des actes du ministre de l’Intérieur et de son idéologie. Nous savons simplement que ce terme, dans la confusion subliminale qu’il introduit, efface une deuxième fois le coiffeur Hichem. Ni française ni anti-française, c’est la haine de l’extrême droite et de son idéologie qui a tué le modeste mais digne coiffeur tunisien. En ne l’affirmant pas clairement et en ne condamnant pas l’idéologie du tueur, le ministre commet-il un acte français ? On est en droit d’en douter.

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