Le vainqueur de la 51e édition du Festival du cinéma américain de Deauville a mis d’accord aussi bien le jury de Golshifteh Farahani que le jury critique. S’emparant du sujet du harcèlement, The Plague de Charlie Polinger repart donc avec le grand prix du jury et celui des journalistes.
Fable à la Sa majesté des mouches basculant petit à petit dans l’horreur, The Plague (la peste, ndlr) se déroule dans un camp d’été de water-polo que vient de rejoindre le jeune Ben. Il découvre une étrange tradition parmi ses camarades de 12 ans : interdiction d’approcher celui désigné dans leur groupe comme «le pestiféré». Ben est mal à l’aise avec cet ostracisme. Mais à mesure que la frontière entre le jeu et la réalité s’estompe, il commence à craindre que cette blague ne cache une maladie bien réelle. Lorsque le titre honni lui revient, le cauchemar ne fait que commencer. Et ce malgré la bienveillance de leur entraîneur, seul adulte de cet univers joué par Joel Edgerton.
Passer la publicitéPrésenté aux Festivals de Sundance et de Cannes, The Plague n’a pas encore de distributeur français mais ce double trophée devrait changer la donne. Charlie Polinger, dont c’est le premier long-métrage, construit un huis clos oppressant et porte un soin particulier à l’ambiance sonore, remarquable et angoissante.
Des pères faillibles
The Plague illustre une édition dominée par des portraits de père et de fils en souffrance, de masculinité fragile. Le reste du palmarès reflète aussi cette tendance. Les tendres et sensibles Omaha de Cole Webley et Olmo de Fernando Eimbcke se partagent ex aequo le prix du jury. Le premier suit un veuf criblé de dettes, écrasé par le chagrin et la honte qui embarque ses enfants dans un road-trip de l’Utah vers le Nebraska. Le second accompagne les 400 coups dans le Nouveau-Mexique des années 70 d’un gamin de 14 ans, chargé de s’occuper de son père infirme qui le juge en permanence. Le prix Canal +, décerné par cinq abonnés, couronne Sovereign de Christian Swegal, portrait d’un père qui entraîne son fils dans l’activisme antigouvernemental.
Le prix de la Révélation, présidé par Jean-Pascal Zadi, est allé dans une autre direction récompensant l’intransigeant premier film de la comédienne Kristen Stewart en tant que réalisatrice The Chronology Of Water, récit impressionniste, âpre, disjoint d’une jeune femme victime d’inceste et en proie aux addictions qui tente de trouver une planche de salut pour se reconstruire. Parcouru de mille et une idées de mise en scène à la minute, ce film aux scènes explicites demande patience et fortitude au spectateur, plongé dans la mémoire chaotique et les traumatismes de son héroïne, campée avec dévotion par Imogen Poots. Il sortira dans les salles françaises le 15 octobre prochain.
À lire aussi Scarlett Johansson : « Robert Redford m’a donné envie de mettre en scène »
Le prix des spectateurs récompense un autre début prestigieux derrière la caméra, celui de Scarlett Johansson. Dans Eleanor The Great, elle met en scène le drôle de mensonge d’une nonagénaire qui se prétend survivante de la Shoah, et se lie d’amitié avec une étudiante new-yorkaise collectant les témoignages. June Squibb, qui a l’âge de son héroïne, est épatante en mamie urticante aux remarques vachardes et à la mauvaise foi assumée.
Voici donc un palmarès généreux récompensant six films sur les treize en compétition et évitant les propositions les plus vaines qu’ont été la comédie musicale post-apocalyptique interminable The End et I Live Here, l’hommage incompréhensible à David Lynch de Julie Palcino. On regrettera toutefois l’absence du poétique et mélancolique Rebuilding, portrait poignant d’une communauté essayant de se relever après de dévastateurs feux de forêt. Un bijou à découvrir en salle mi-décembre.