Après avoir passé tous ses hivers sur les pistes, Gilles Benoît, un passionné de glisse de 62 ans, avait dit adieu à la pratique du ski il y a quelques années. « J’ai les genoux très abîmés, c’était devenu impossible de skier. En fin de journée, mes genoux doublaient de volume, avec une douleur insupportable », explique cet habitant de Nevers, qui a découvert ce sport quand il était enfant. Son médecin lui conseille alors l’utilisation d’un exosquelette, une structure mécanique articulée qui se fixe au niveau de la jambe.
Elle permet de réduire la pression sur les articulations et de retarder la fatigue musculaire. « J’ai fait l’essai il y a trois ans et ça a marché. Aujourd’hui, je peux skier à nouveau cinq jours dans la semaine, sans douleur et en retrouvant un plaisir que je n’avais plus du tout. »
Passer la publicité« Une solution palliative efficace »
Une petite révolution permise par ce dispositif, dont les premiers modèles ont commencé à apparaître en Europe, il y a 15 ans, mais qui commencent véritablement à se démocratiser depuis quelques années. À l’origine de leur développement : le fabricant français Ski-Mojo, qui domine le marché, devant Againer, un autre fabricant basé en Lettonie. « Au départ, le Ski-Mojo a été pensé pour skier plus longtemps, en limitant la fatigue, rembobine Gabriel Castelain, directeur général de cette société basée à Thônes, en Haute-Savoie. Mais on s’est vite rendu compte que l’exosquelette avait également un effet immédiat sur les douleurs aux genoux et au dos.»
Entièrement mécanique, le dispositif se fixe sur la chaussure de ski et autour de la cuisse. Une fois installé, il permet d’absorber le poids du skieur, ainsi que les chocs et les vibrations venant de la piste. « Pour des personnes de 50 ou 60 ans qui souffrent d’arthrose du genou et qui sont encore trop jeunes pour recevoir une prothèse, l’exosquelette constitue une solution palliative efficace », confirme le Dr Le Masle-Lastiolas, médecin du sport, installé dans la région annécienne.
Au-delà de cette clientèle qui retrouve la possibilité de skier, l’exosquelette est également utilisé par des skieurs plus jeunes, qui cherchent à minimiser la fatigue qui s’installe en fin de journée, comme les moniteurs de ski, qui enchaînent les heures passées sur les pistes.
Même combat que le vélo électrique ?
Dans son magasin de sport situé dans la station des Deux Alpes, en Isère, Benjamin Claise a assisté à l’essor des exosquelettes ces dernières années : « J’ai commencé à en vendre il y a 10 ans, mais c’était encore un produit de niche. L’intérêt s’est fait ressentir beaucoup plus depuis le Covid ».
Un intérêt qui pourrait s’expliquer, selon lui, par le succès rencontré par les vélos à assistance électrique. « L’idée qu’il est possible d’avoir une petite assistance pour faire du sport s’est installée dans les esprits. Ça a permis de changer l’image sur les exosquelettes », explique-t-il. Chaque année, il vend une vingtaine de Ski-Mojo à des clients qui en font généralement l’acquisition après une journée d’essai. Et ce, malgré un tarif affiché à 699 €.
Passer la publicité« Ceux pour qui ça soulage une douleur aux genoux sont prêts à casser leur tirelire», assure Benjamin Claise, qui a fait le choix de ne pas proposer cet équipement à la location, en raison des nombreux réglages nécessaires pour l’installer. Il propose une journée d’essai à ses clients intéressés, pour qui l’usage de ce dispositif est adapté : « Il faut avoir un niveau technique suffisant, tout le monde ne peut pas l’utiliser ».
Un soutien à l’économie du ski
À ce jour, environ 35 000 exosquelettes développés par la société Ski-Mojo ont été vendus à travers le monde. Une goutte d’eau à l’échelle des 5 à 8 millions de skieurs que compterait à elle seule la France. « Le potentiel de développement est énorme », assure Gabriel Castelain, dont la société enregistre 30 % de croissance chaque année et qui voit dans ce dispositif une façon de soutenir l’écosystème du ski : « Nous rendons service aux skieurs, mais aussi aux stations, car on sait que ce sont les parents et les grands-parents qui font venir les plus jeunes au ski. Le marché des seniors est essentiel pour les domaines skiables ».
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