La vente aux enchères d’objets nazis a bien eu lieu, ce jeudi 15 mai, dans une salle des ventes d’Orléans (Loiret). Peu d’acheteurs étaient présents, sans doute refroidis par les dénonciations relayées par de nombreux médias, dont l’Humanité. La plupart des collectionneurs étaient connectés, de manière anonyme, via internet.
Au dehors, une délégation de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) était présente menée par Joëlle Gellert, sa présidente départementale. « Avec la disparition progressive des derniers survivants de la Shoah, leur mémoire risque de devenir abstraite. D’où l’importance de conserver les objets nazis dans les musées afin de travailler avec les plus jeunes le devoir de mémoire si important pour combattre l’ignorance et se construire en toute sérénité », a-t-elle indiqué, reprenant la citation de Primo Levi : « Oublier le passé, c’est se condamner à la revivre ». La présidente a également précisé que la Licra s’engageait « à utiliser tous les moyens légaux pour faire évoluer la loi ». Une position qui fait écho à la proposition de loi déposée par Ian Brossat, sénateur communiste.
Des lots passent de 20 à 2200 euros en quelques secondes…
Dans la salle, une trentaine de personnes observaient le déroulé des ventes sur deux écrans trônant au dessus des régulateurs. Aucun objet n’était exposé, réglementation oblige. Les croix gammées et autres symboles nazis étaient floutés. Certains lots d’insignes – tous les lots n’étaient pas en lien direct avec le IIIe Reich ou la France de Vichy – sont passés, en quelques dizaines de secondes de 20 euros à… 2200 euros.
« Parmi les acheteurs, il y a certes des fadas, mais ce ne sont pas non plus des armes qu’ils achètent, seulement des décorations », temporise Christophe, collectionneur et ancien militaire, qui lâche que « l’armée française n’a pas fait que des bonnes choses, doit-on interdire ses insignes militaires ? ». Michel, qui se passionne pour les reliques militaires américaines, pense que légiférer ne servira à rien : « Des ventes comme celle-ci, il y en a partout. Et je ne vous parle pas de la facilité à trouver ces objets sur Internet. »
En pause d’enchères, Gérard, ancien infirmier militaire, s’interroge : « J’ai chez moi de nombreux objets liés aux secouristes et aux soignants allemands. Tous sont frappés de la croix gammée, comme c’était l’usage à l’époque. Est-ce que ça en fait de moi un admirateur d’Hitler ? » Ce collectionneur dit s’être « frité » avec les militants de la Licra. « À part quelques personnes qui peuvent avoir le bras tendu, 80 % des collectionneurs sont de simples passionnés. »
Dans la cour de la salle de vente, un autre acheteur comprend la « polémique » et la justifie d’une manière surprenante. « C’est vrai qu’Hitler n’a pas fait que des bonnes choses. » Euphémisme qui laisse pantois. La responsable de la Licra, elle, s’inquiète d’une partie des lots. « On aurait naturellement voulu interdire la vente, notamment celle d’un pamphlet antisémite. On ne sait pas dans quelles mains il va atterrir ». La vente doit se poursuivre ce vendredi et durant deux journées du mois de juin.
Avant de partir, une dernière chose…
Contrairement à 90% des médias français aujourd’hui, l’Humanité ne dépend ni de grands groupes ni de milliardaires. Cela signifie que :
- nous vous apportons des informations impartiales, sans compromis. Mais aussi que
- nous n’avons pas les moyens financiers dont bénéficient les autres médias.
L’information indépendante et de qualité a un coût. Payez-le.
Je veux en savoir plus