Ce dimanche, les Chrétiens célèbrent Pâques. La fête justifie et donne sens à la fête de Noël elle-même. Pour les Chrétiens, Dieu s’est fait homme, non seulement pour partager notre condition humaine, mais pour « ouvrir dans la tragédie de la mort, un chemin de résurrection pour tous », comme le rappelle le catéchisme de l’Église catholique. Toute la foi chrétienne repose sur ce mystère. Comme l’écrit saint Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, écrit Saint Paul, vide alors est notre message, vide alors notre foi. » Connaissez-vous tout de la plus ancienne fête chrétienne ?
Pâques doit-il s’écrire au pluriel ? La question est loin d’être un détail de langue. À l’origine, la Pâque (au singulier) désigne la fête juive, en référence à l’Exode, ce passage décisif du peuple d’Israël de l’esclavage à la liberté. C’est au Moyen Âge que la langue française commence à distinguer la Pâque juive et les Pâques chrétiennes. Le rite de la Pâque juive commémore le jour où, selon le livre de l’Exode, le sang d’un agneau sacrifié est badigeonné sur les portes des maisons israélites pour les épargner du fléau de la mort des premiers-nés en Égypte. Le nom hébreu « Pessah » ne vient-il pas du verbe « פָּסַח »[pasaḥ] signifiant d’abord « passer devant, épargner » ? «En voyant ce signe, je passerai outre et vous échapperez au fléau destructeur lorsque je frapperai le pays d’Égypte », trouve-t-on ainsi dans le livre biblique de l’Exode. L’agneau a son importance. Dans le Nouveau Testament, « l’Agneau de Dieu » désignera le Christ, qui verse son sang pour sauver l’humanité.
La sortie d’Égypte
Le sacrifice de l’agneau pascal était encore pratiqué au temps de Jésus, et le sera encore, jusqu’à la destruction du temple de Jérusalem en 70 après J.C. La Pâque juive fait également mémoire de la sortie d’Égypte, de la libération du peuple hébreu. « Ils quittent un pays d’esclavage, pour rejoindre la Terre promise », précise frère Romaric Morin, prieur du couvent dominicain de Bordeaux. ». Le Livre du Deutéronome prescrit que, ce jour, « tu ne mangeras pas avec la victime - l’agneau pascal - du pain fermenté ; pendant sept jours, tu mangeras avec elle des azymes car c’est en toute hâte que tu es sorti du pays d’Égypte : ainsi tu te souviendras, tous les jours de ta vie, du jour où tu sortis du pays d’Égypte. » Ainsi, les pains azymes, ou sans levain, rappellent le pain de l’exil, pain de misère, celui que les Hébreux ont dû manger dans la précipitation en quittant l’Égypte. Jésus est ainsi mort durant les préparatifs de cette Pâque juive, un vendredi, alors que l’on égorge les agneaux pour la fête, et que l’on prépare des pains azymes et des herbes amères.
« Dans le christianisme, la fête de Pâques garde cette dimension de passage, où nous quittons les rives de la vie terrestre marquée par la mort et le péché pour rejoindre la vie éternelle et le bonheur de Dieu », explique frère Romaric Morin. « C’est le changement par lequel, pour reprendre l’expression de saint Pierre dans sa première Lettre, nous avons été libérés de la vie sans but que nous menions à la suite de nos pères, pour entrer dans la plénitude de notre vocation. »
Une seconde étymologie possible pour « Pâques », plus hellénisante, se réfère à la Passion du Christ. « Les deux étymologies sont complémentaires. Elles rappellent que ce passage s’est fait au prix de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ », continue le dominicain. « C’est grâce à cela que nous avons été libérés, réconciliés avec Dieu, restaurés dans l’amitié avec Lui. »
Le rite de la lumière
La liturgie de Pâques met au centre cette idée de “passage”, notamment à travers le rite de la lumière. “On commence dans la pénombre, et la lumière du Christ jaillit symboliquement du cierge pascal pour se communiquer à tous les fidèles”, explique frère Romaric Morin. La Vigile Pascale, célébration qui se fait de nuit, commence avec la bénédiction du cierge pascal par le célébrant. Le cierge est marqué de la croix, de l’alpha-oméga, les premières lettres de l’alphabet grec, symbolisant l’éternité de Jésus, et du millésime de l’année en cours. Le cierge est alors allumé au feu nouveau, à l’extérieur de l’église. Les fidèles allument alors mutuellement leurs cierges, la lumière se répandant progressivement dans l’église. Enfin, ils partent en procession tenant leur cierge allumé à la main. On chante alors l’Exultet, un chant de joie qui proclame la victoire du Christ sur la mort.
La liturgie de la Veillée Pascale comprend plusieurs lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament, chacune soulignant un aspect de l’histoire du salut, depuis la Création jusqu’à la résurrection du Christ, avec des références particulièrement fortes à la libération des Israélites lors de l’Exode. La célébration culmine avec le chant de l’Alléluia et la proclamation de la Résurrection. Ce cierge pascal, après l’office de la Veillée, restera allumé pendant tout le temps pascal, jusqu’à la Pentecôte. Le dimanche de Pâques est jour de la résurrection, marquant la fin de la souffrance du Christ et son passage de la mort à la vie. La liturgie du matin célèbre la victoire du Christ sur la mort. Les chrétiens chantent le Gloria, où les cloches sonnent de façon solennelle, et où les prêtres revêtent des vêtements liturgiques blancs.