À Marcoule, juste bord du Rhône, s’étend l’un des berceaux du nucléaire français, l’usine Orano Melox, qui enrichit du combustible nucléaire. Depuis le mois d’octobre, cette usine a un nouvel employé, un curieux petit personnage en alliage, haut d’1,35 mètre. "Bonjour, je m’appelle Hoxo, se présente-t-il. Je suis un robot humanoïde et j’effectue mes premiers pas dans le nucléaire".
Hoxo parcourt le bâtiment dédié à l’entraînement et à la formation des équipes d’un pas plutôt sonore. "On lui a mis des chaussures pour limiter le bruit dans tout le bâtiment pour le bien-être des personnes qui travaillent ici", pointe un employé amusé, qui précise qu’Hoxo chausse du 34.
Dédié à des tâches d'assistance
Hoxo n’est pas là pour incarner une performance pour fan de science-fiction, il y a bien l’idée de l’intégrer au travail quotidien, explique Pierre Simonnet, directeur performance et qualité à l’usine Orano Melox. "La grosse plus-value d’un humanoïde c’est qu’il va s’intégrer dans un environnement, on n’a pas à adapter l’environnement. Et au regard de sa polyvalence, il va être capable de s’adapter à plusieurs environnements et de réaliser plusieurs tâches à vocations différentes".
Concrètement, Hoxo pourra porter des outils et charges légères ou assister des opérateurs, mais pas question de remplacer des êtres humains, insiste Pierre Simonnet : "L’ensemble des tâches qu’on lui demande de faire aujourd’hui ne sont que des tâches d'assistance pour aider les personnes du terrain à réaliser leurs activités".
"Non, ce n’est pas Hoxo qui va me piquer mon job demain. Hoxo est là pour faciliter nos opérations, être en assistance sur tous les gestuelles qui sont répétitives dans nos installations."
Pierre Simonnet, directeur performance et qualité à l’usine Orano Meloxà franceinfo
Hoxo est en fait en période d’essai jusqu’à la fin février. Orano décidera alors s’il intègre ou pas l’usine, car ce type de robot est particulièrement compliqué à mettre au point, explique Alexandre Embry, directeur responsable du département robotique de Capgemini qui développe les IA du système. "Là, on a la forme la plus complexe qu’on peut imaginer sur un robot, la forme humanoïde. Par exemple, les deux mains sont deux robots, donc vous avez trois robots. Il y a la navigation qui se fait par la marche. Il faut appréhender la marche et la coordination avec la vision et la dextérité." Hoxo est un robot de fabrication chinoise dont le software est donc développé par Capgemini. Le constructeur automobile Renault teste aussi un robot humanoïde industriel, développé cette fois par le fabricant français d’exosquelettes Wandercraft.
Et où en est la France dans cette course au robot humanoïde ?
Rendez-vous dans l’Est parisien où une fois par mois, la startup Enchanted Tools ouvre son bar pour passer un moment avec ses robots, les Mirokai. Ils sont équipés de mains, se déplacent sur une sorte de grosse boule et ressemblent à des personnages de dessins animés avec deux longues oreilles d’elfes. Ils sont déjà au point et en vente pour environ 15 000 euros pièce. "Miroki mesure 1,26 mètre et a 26 moteurs, décrit Jérome Monceau, cofondateur d’Enchanted Tools. Ce personnage a été designé pour aider dans les contextes sociaux. On va en retrouver dans des espaces comme des hôpitaux, des maisons de retraite, des hôtels, des restaurants et tout un tas de lieux où la robotique peut aider”.
Jérôme Monceaux a participé à l’aventure Aldebaran, pionnier français du robot humanoïde avec Nao et Pepper dans les années 2010, mais liquidé cette année. Pourtant pour lui, la french tech peut encore s’aligner. "Aldebaran, ça a été environ 40 000 à 45 000 robots qui ont été produits au total, souligne-t-il. C’est plus que tous les autres robots produits en Chine, cette année".
"Soyons fiers de la technologie qu’on est capable de produire en France. On ne fait pas que des baguettes de pain. On fait de la super tech. On fait des robots et on a 20 ans d’expérience."
Jérome Monceaux, co-fondateur d’Enchanted Toolsà franceinfo
"Les robots qui font du kung-Fu, dans un hôpital, ça ne sert pas à grand-chose", ironise Jérôme Monceaux. Le problème en France et en Europe, explique-t-il, c’est le manque de puissance financière et de grands fonds d’investissement, et aussi de clients locaux pour soutenir le développement des technologies.