Législatives : le NFP et Ensemble règlent leurs comptes après la victoire du RN à Aix

Le Figaro Marseille

Dans son bureau dimanche soir, alors qu’il est sur le point de répondre aux questions des journalistes, 45 minutes seulement après les premières estimations du second tour des législatives, Benoît Payan tourne soudainement les talons. Sa directrice de cabinet l’appelle et l’entraîne dans un coin de la pièce. Marie-Emmanuelle Aussidon lui montre un message sur son téléphone et échange à voix basse avec l’édile. Le maire de Marseille pousse un long soupir d’exaspération, puis revient pour s’adresser à la presse, le regard noir. «Vous avez les résultats d’Aix-en-Provence ? C’est qui ? Gérault Verny ? Donc elle a fait gagner le Rassemblement national ? Elle ajoute donc à sa défaite le déshonneur ? On en reparlera...»

Elle, c’est Anne-Laurence Petel, la députée macroniste sortante, candidate dans la quatorzième circonscription des Bouches-du-Rhône. Et la nouvelle que l’ancien socialiste redoutait avec tant de fureur a été confirmée, plusieurs heures plus tard. Pour la première fois, cette circonscription, terre historiquement acquise au centre droit, a envoyé à l’Assemblée nationale un député RN. Candidat discret et inconnu des Aixois, qui est à l’origine un industriel de la région lyonnaise et ancien proche d’Éric Zemmour pendant la campagne de 2022, Gérault Verny a été élu avec 37,26 % des voix.

Un résultat que la gauche locale impute clairement au refus d’Anne-Laurence Petel de se retirer durant l’entre-deux-tours. Arrivée en troisième position derrière le candidat socialiste Jean-David Ciot et le RN, la députée sortante avait maintenu sa candidature, affirmant pouvoir bénéficier d’un report de voix de la part des Républicains. Peine perdue pour la candidate, qui arrive non seulement en troisième position, mais avec environ 1000 voix de moins qu’au premier tour. De son côté, Jean-David Ciot échappe à la victoire à 858 voix seulement.

«Je suis déçu, soupire ce dernier. La décision d’Anne-Laurence Petel était irresponsable. Il y a une dynamique du RN dans le pays d’Aix, mais la circonscription n’est pas devenue RN comme ça du jour au lendemain. Regardez dans la 13e circonscription. C’est aussi le pays d’Aix. Le député macroniste sortant Mohamed Laqhila, en troisième position, s’est retiré. Et c’est le candidat du Nouveau Front populaire qui a été élu.»

Renaud Muselier dans le viseur

«Anne-Laurence Petel est dans une aventure personnelle», peste-t-on dans l’entourage de la maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains (UDI), qui la soupçonne de vouloir lui ravir son fauteuil en 2026. Contactés, ni Anne-Laurence Petel, ni son entourage n’ont répondu à nos sollicitations. Devant les caméras ce dimanche soir, la candidate malheureuse, par ailleurs conseillère municipale à Aix-en-Provence, a indiqué toutefois vouloir poursuivre sa carrière politique. «Anne-Laurence Petel a fait un choix mortifère en jouant avec la démocratie et en prenant une décision individualiste, sur fond de stratégie politicienne, tance le porte-parole EELV Provence-Alpes-Côte d’Azur, Hassen Hammou. Cela la déshonore. Elle a participé à faire élire le RN, et tous ceux qui l’ont encouragé dans cette décision portent la responsabilité de ce résultat.»

À gauche, sur le Vieux-Port, les regards se tournent en effet vers Renaud Muselier. Le président de la région et chef de file régional de Renaissance a soutenu Anne-Laurence Petel avant le second tour. Dans un communiqué de presse assassin publié ce lundi, le secrétaire départemental de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, Yannick Ohanessian, accuse Renaud Muselier d’avoir «une attitude complaisante avec l’extrême droite». «C’est son dernier masque qui tombe, celui d’un Républicain qui laisse place à des petits calculs électoraux au détriment de l’intérêt général», peut-on lire.

«On attendait de la part du président Muselier un peu plus de hauteur et de dignité, fulmine Yannick Ohanessian. Anne-Laurence Petel et Renaud Muselier sont aujourd’hui tout deux comptables de la victoire du RN. Le président Muselier a la mémoire courte. Il oublie que la gauche s’est retirée aux dernières régionales pour faire barrage au RN. C’est un crachat à la figure de ces électeurs.» «Il y a une véritable incompréhension dans les rangs de la gauche au sujet de ce soutien», confirme Hassen Hammou.

«Des héritiers de Guérini»

Le président de région a cependant soutenu d’autres candidats du Nouveau Front populaire, comme le communiste Pierre Dharréville dans la troisième circonscription des Bouches-du-Rhône ou l’écologiste Christine Juste dans les quartiers sud de Marseille. «La cohérence aurait été qu’ils soutiennent tous les candidats face au RN partout», reconnaît Jérémy Bacchi, le chef de file communiste départemental qui tient à rappeler toutefois «la prise de position de Renaud Muselier» envers plusieurs candidats de son camp.

«On ne va pas recevoir de leçon pour ne pas avoir soutenu l’ancien directeur de cabinet de Jean-Noël Guérini», répond-on dans l’entourage de Renaud Muselier. L’ancien sénateur et homme fort du Parti socialiste a un temps collaboré avec Jean-David Ciot. Tous deux ont d’ailleurs comparu côte à côte devant la justice pour détournement de fonds, avant que Jean-David Ciot ne soit relaxé dans cette affaire.

«Jean-David Ciot est un des rescapés de l’aventure guériniste qui a écrasé la vie politique marseillaise pendant cinq ans, poursuit cette même source. Et on nous demande pendant cinq ans de faire jouer le réflexe républicain ? Ils sont tous des héritiers de Guérini !» Sur X, en réponse au communiqué de la gauche, des cadres locaux de Renaissance attaquent Yannick Ohanessian, adjoint au maire en charge de la Sécurité, sur son bilan aux côtés de Benoît Payan. Les législatives sont à peine terminées qu’on a déjà l’impression à Marseille que la bataille des municipales a pris le relais...

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