Sur la photographie posée près de son cercueil, Niels Arestrup esquisse un sourire qu’éclaire son beau regard bleu. «Ce n’était pas un dévot, mais il était gagné à la cause du Christ», affirmera l’Abbé Laurent Chauvin lors de la célébration qui a eu lieu à 10 heures 30 ce mardi à l’église Saint-Roch. Son attachée de presse, Nicole Sonneville est venue soutenir sa femme Isabelle Le Nouvel qui règle des «problèmes de son». Le comédien avait uni sa destinée à la dramaturge en 2012, ils avaient eu deux « vrais faux jumeaux », Emma et Henrik, âgés de 12 ans aujourd’hui.
Les proches de l’interprète de Jacques Audiard et de Bertrand Tavernier entrent en silence dans l’église Saint-Roch. Bernard Murat et sa femme, Jean-Marc Dumontet, Stéphanie Bataille, émue, Salomé Lelouch, Jean-Michel Ribes rejoint André Dussollier assis au premier rang... Anne Consigny, la partenaire de Niels Arestrup dans 96 Heures, le film de Frédéric Schoendoerffer prend place devant Farida Rahouadj.
« Une crème »
Cette dernière a autrefois incarné Oenone dans Phèdre aux côtés de Carole Bouquet et de Niels Arestrup. «Je l’écoutais quand il prononçait le monologue de Théramène. Il prétendait ne pas connaître les vers, mais dans sa bouche, ils coulaient de source», admire-t-elle. Marie-Castille Mention-Shaar est venue en avance : « Je l’avais dirigé dans son dernier film, Divertimento, il y a quelques mois. Il avait accepté de lire mon nouveau scénario, il était tellement angoissé pour l’avenir de ses enfants...», confie la réalisatrice. «C’était une crème, renchérit Sidonie, sa costumière. Il avait offert le champagne à toute l’équipe pour l’anniversaire de ma stagiaire. Kad Merad qui a joué au théâtre avec lui m’avait dit qu’il était gentil.»
« Hélas, la violence est la chose la plus partagée au monde, observe Evelyne Buyle qui a failli donner la réplique à Niels Arestrup. C’était un acteur d’une grande sensibilité et exigence ». Lui-même connaissait la nature de ses emportements qui n’étaient pas dénués d’un brin de bienveillance assurera Isabelle Le Nouvel. « J’ai été son agent, rappelle Dominique Besnehard. À 17 ans, j’ai eu un déclic en le voyant dans Crime et Châtiment de Dostoïevski, monté par André Barsacq au Théâtre de l’Atelier. Il y avait son autographe sur le programme ». Richard Caillat, le directeur notamment du théâtre de Paris et Bertrand Thamin à la tête de celui du Montparnasse sont suivis par Josiane Stoléru et Patrick Chesnais, et Patrick Bruel qui était il y a quatre ans dans Villa Caprice le film de Bernard Stora avec Arestrup. Sidonie reconnaît Stéphane Guillon.
Jacques Weber en larmes
Macha Méril, Robin Renucci, Albert Dupontel se pressent, Martin, l’un des neveux du comédien aussi. La voix de Maria Callas entonnant Casta Diva se fait entendre. Derrière le pupitre, Isabel Le Nouvel se souvient de leur histoire d’amour née vingt-trois ans auparavant. Elle évoque les personnages que son mari a incarnés en cherchant toujours en eux « une part d’humanité ». Ce fils d’ouvrier avait toujours autant de plaisir à jouer aux cow-boys et aux Indiens. Elle cite Tous mes incendies, l’autobiographie qu’il a écrite en 2001 : « Je n’ai jamais voulu être autre chose qu’un acteur. » Et fait sourire l’assemblée en racontant que Niels n’organisait jamais rien, même les vacances et qu’il n’avait rien prévu pour ses obsèques.
Jacques Weber n’essuie pas ses larmes quand il rend à son tour hommage au « maître », à l’artisan qui a «diverti » le public «dans le sens noble du terme. Encore maintenant, tu m’intimides, tu m’intimides mon prince... », lâche le metteur en scène qui l’avait dirigé dans Phèdre. « Niels nous réunit... L’art dramatique a perdu son Marlon Brando français », observe l’Abbé Chauvin qui explique que son prénom signifie « champion » et « nuage ». Emma et Henrik allument ensemble la « flamme pascale », les cierges qui encadrent le cercueil, puis Brigitte Catillon lit la première lettre de Saint-Paul aux Corinthiens.
« Ce sont des gens d’ailleurs, les artistes », chante Léo Ferré, puis Guillaume Gallienne s’avance vers l’autel. Il a joué avec Niels Arestrup dans le film Le Candidat que celui-ci avait réalisé en 2007. Il l’a également invité à la radio pour lire des textes de Tchekhov que l’acteur admirait. Il partage le « seul regret » de Niels Arestrup. L’homme se trouvait trop gros, il avait refusé de jouer Hamlet avec Klaus Michael Grüber parce que le metteur en scène allemand lui avait dit que c’était la raison pour laquelle il l’avait choisi pour ce rôle. On l’imagine bien sourire de nouveau.