C’était donc aussi simple ? Une forme de déception gagnait le public à la sortie de ce cinéma, l’un des 400 en France qui, vendredi 2 mai, projetait le film documentaire dévoilant la cache de la chouette d’or, quelques mois après avoir été trouvée le 3 octobre 2024. La chouette, assure le co-concepteur de la chasse, Michel Becker, se trouvait donc enterrée dans un endroit connu de tout « chouetteur » qui se respecte, à Dabo (Moselle), un « spot » pourtant ratissé depuis les débuts de la chasse, en 1993.
Depuis trente ans, des milliers de joueuses et joueurs écument en effet les alentours du rocher de Dabo sur lequel est juchée une église, et précisément les « bornes saint Martin », à près de trois kilomètres du rocher. Un ensemble de trois bornes en pierre, gravées de dates, à partir desquelles le découvreur – qui demeure à ce jour anonyme – a pu creuser à quelques mètres de là pour trouver la copie numéro 2 de la contremarque originelle en bronze, et l’échanger contre la vraie chouette en or.
Plainte pour escroquerie
Comment autant de joueurs, munis de pelles au début et, plus récemment, de matériel de pointe tels ces détecteurs de métaux surnommés « Youpala », capables de détecter de grandes masses à plusieurs mètres de profondeur, ont-ils pu passer à côté de quelques kilos de bronze enfouis à 80 cm de profondeur, le tout à seulement sept mètres de distance des fameuses bornes ? Le film révèle que le gagnant, en creusant, était tout près de renoncer en tombant sur une grosse pierre, qu’il a fini par dégager pour lever tout doute. Bien lui en a pris.
Outre le mystère d’une cache qui aurait échappé à tous, un certain nombre d’incohérences dans les solutions dévoilées vendredi font tiquer des chouetteurs. Au point que l’association qui les représente, l’A2CO, a pris les devants en déposant une plainte avec constitution de partie civile le 30 avril dernier contre l’organisateur de la chasse, Michel Becker, pour « faux et usage de faux, faux et usage de faux en écriture authentique par personne dépositaire de l’autorité publique, escroquerie en bande organisée, abus de confiance en bande organisée, pratiques commerciales trompeuses en ligne et en bande organisée, association de malfaiteurs, recel ». Rien que ça… « Les termes utilisés sont forts, mais ils sont juridiques, choisis par notre conseil après son examen des pièces que nous lui avons fournies, en toute maîtrise des lois en vigueur », se défend l’association, dont la « chouette fête » annuelle se tient le WE prochain à Vézelay.
Chez des joueurs historiques, les solutions dévoilées via ce documentaire provoquent la consternation. « Je ne vois pas pourquoi Max Valentin se serait donné tant de mal s’il s’agissait vraiment de nous faire aboutir à une « solution » aussi puérile et dérisoire que celle qui est suggérée dans le film, et qui pouvait être trouvée dès les premiers mois de la chasse », se désole ainsi « Don Luis ».
L’AC20 et son président, connu sous le pseudonyme de Garp, ont commencé à compiler les incohérences de cette solution. « Max Valentin a fortement insisté, 1 689 fois au moins (dans ses réponses en ligne, sur un serveur Minitel, aux questions des joueurs – N.D.L.R.) sur l’existence de reliquats », c’est-à-dire d’éléments des précédentes énigmes, à assembler de nouveau pour mener au site d’enfouissement. Une sorte de 12e énigme cachée, une « super solution » dans le jargon des joueuses et joueurs, que l’on ne peut résoudre qu’à l’issue des 11 premières. Or, dans la solution exposée par l’organisateur Michel Becker, 5 énigmes sur les 11 au total deviennent de facto inutiles, pointe sur un forum le chouetteur de toujours marvinclay.
Trop beau pour être vrai ?
Captures d’écran à l’appui, des joueurs exhument aussi des messages de Michel Becker qui, en 2023, un an donc avant que soit trouvée la chouette numéro 2, dissuadait de creuser du côté de Dabo, ou de vouloir s’accrocher à cette piste. D’autres chouetteurs retournent le problème, en expliquant que des énigmes n’étaient en fait que des fausses pistes, pour masquer la – bonne – solution présentée vendredi.
Des solutions « plausibles pour les médias, le grand public et toute personne qui ne connaît pas la chasse », dit un autre. La solution de la chasse britannique Masquerade, dont s’est inspiré Hauser/Valentin pour concevoir la Chouette d’or, supposait, pour trouver le trésor, de creuser à l’ombre portée d’une croix de calvaire, à un jour et une heure précise, déduit d’une énigme. Rien de tout cela avec la Chouette, dont la résolution finale se révèle bâtie sur une série d’intuitions, de déductions sans autre vérification. Sur le visuel de la dernière énigme figurent pourtant une série de chiffres qui correspondent à ceux des dates inscrites sur les fameuses bornes Saint-Martin. Hasard, justesse, comment savoir ?
Des chouetteurs notent cependant que ce dénouement n’a rien à voir non plus avec les autres chasses conçues par Max Valentin, celles intitulées TH2001, Malbrouck ou Orval, qui en comparaison proposaient des résolutions bien plus élégantes intellectuellement. « Dans son livre des solutions de la chasse le trésor d’Orval, Max disait qu’elle était certes difficile, mais moins que la Chouette d’Or ! » relève ainsi le président de l’A2CO, « Garp ». Non, pour beaucoup de joueurs actifs, ce qui a été présenté comme la solution n’est que l’illustration de l’une de ces fausses pistes qui émaillent le jeu, selon son concepteur Régis Hauser, sous le pseudonyme de Max Valentin.
« C’est comme si vous étiez sur une autoroute et oubliez de sortir à la bonne bretelle. Dans ce cas vous poursuivez sur l’autoroute plein pot, ignorant que vous venez de rater la sortie que vous cherchez », mettait-il en garde. Michel Becker entend toutefois prolonger le filon, et lance aussitôt une nouvelle « Chouette d’or ». Un « livre des solutions » est prévu pour le mois de juin, et beaucoup espèrent y trouver des réponses satisfaisantes. Pour tous ceux que le film documentaire n’a pas convaincus, la véritable chasse, la contremarque numéro un qu’ils pensent toujours enfouie quelque part, reste ouverte.
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