Accord UE-Mercosur : Emmanuel Macron trahit ses promesses et tourne le dos aux agriculteurs français

Un passage en force de l’exécutif européen. C’est en ces termes que les opposants à l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur ont qualifié l’approbation, mercredi 3 septembre, par la Commission européenne de l’entente commerciale.

« Cette décision transcrit le refus d’entendre les très vives critiques émises sur le contenu de cet accord nocif pour le monde agricole, mais aussi sur les plans écologiques, sociaux et du respect des droits des populations », analysent ainsi les membres du collectif Stop Ceta-Mercosur.

La France s’incline devant Bruxelles et le Mercosur

Originellement opposée à la conclusion de cet accord de libre-échange, la France s’est finalement rangée du côté de la majorité européenne, estimant que la Commission avait « entendu les réserves » au sujet de l’agriculture, selon les mots de la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas.

Une volte-face qui passe mal auprès des exploitants agricoles, alors qu’Emmanuel Macron avait assuré, lors du Salon de l’agriculture, qu’il « ferait tout » pour que le texte « ne suive pas son chemin ».

Au lieu de chercher activement à construire une minorité de blocage pour entraver la ratification du texte, le chef de l’État s’est finalement contenté des contreparties concédées par l’UE.

La dernière mouture de l’accord entre les 27 et l’alliance du Paraguay, de l’Uruguay, de la Bolivie, de l’Argentine et du Brésil comporte ainsi des clauses de sauvegarde. En pratique, Bruxelles promet que, si les marchés agricoles devaient être trop impactés par leur ouverture à des importations massives, certaines dispositions de l’accord pourraient être temporairement suspendues.

Inquiétudes des syndicats agricoles face aux importations sud-américaines

« La France n’est pas opposée par principe à cet accord. Ce qui est essentiel, c’est de disposer de mécanismes de freinage des importations, capables d’être enclenchés de façon satisfaisante », a assuré le ministre du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin.

Ces contreparties peinent toutefois à rassurer les syndicats agricoles, effrayés par le fort potentiel de dérégulation qu’engendrerait l’entrée en vigueur de l’accord avec le Mercosur, tant sur les prix que sur les quantités importées. L’entente commerciale prévoit en effet une large exemption de droits de douane des importations européennes dans les pays du Mercosur, mais aussi des exportations sud-américaines sur le marché européen.

99 000 tonnes de bœuf et 180 000 tonnes de volaille sud-américaines pourraient ainsi se frayer un chemin jusqu’aux étals du Vieux Continent, à des tarifs préférentiels. Le miel, le sucre et l’éthanol sont aussi concernés par l’allégement des droits de douane.

« En validant l’accord en l’état, malgré la promesse de mesures de sauvegarde, la Commission européenne tourne clairement le dos à son agriculture. (…) Où est la cohérence de la Commission qui, d’un côté, impose aux agriculteurs européens des normes parmi les plus strictes au monde et, de l’autre, ouvre nos marchés à des produits importés qui n’y répondent pas ? » ont ainsi réagi dans un communiqué les Jeunes Agriculteurs et la FNSEA, pourtant habituellement peu farouches face à la libéralisation des marchés et peu favorables aux normes environnementales, à en juger par leur soutien à la loi Duplomb.

Des paysans européens mis en concurrence

« L’agriculture va se faire broyer au nom des intérêts de financiers, de grands groupes », a de son côté dénoncé Véronique Le Floc’h, présidente de la très droitière Coordination rurale.

Les militants de la Confédération paysanne se sont rendus ce jeudi 4 septembre à Bruxelles, devant la Commission européenne, pour afficher fermement leur rejet de tout accord de libre-échange qui utiliserait les denrées agricoles comme monnaie d’échange.

« Ces accords mettent en concurrence les paysans des pays signataires au profit des géants de l’industrie. Le Mercosur va détruire des fermes et des paysans ici et ailleurs », a alerté Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne. L’organisation espère encore convaincre certains pays membres de l’UE de s’opposer à la ratification de l’accord : celui-ci doit en effet être adopté par les 27 membres pour entrer en vigueur.

La Terre de nos batailles

La justice climatique, c’est notre bataille. Celle qui relie luttes environnementales et sociales pour contrer un système capitaliste faisant ventre de tout. Du vivant, de la planète, de notre humanité.

Il n’y a pas de fatalité.

  • Nous démasquons les manipulations des lobbies.
  • Nous battons en brèche les dénis climatiques mortifères.
  • Nous mettons en valeur les initiatives visant à réduire les inégalités environnementales et les fractures sociales.

Soutenez-nous.
Je veux en savoir plus