Les politiques ont-ils recours à l’intelligence artificielle lorsqu’ils rédigent leurs communiqués officiels ? Pour certains, c’est impensable. Pour d’autres, il se pourrait bien que ChatGPT, Perplexity ou encore Claude se soient immiscés dans le quotidien de nos représentants, à qui il est aujourd’hui demandé de réagir à tout, même aux informations les plus futiles. Ces derniers jours, les internautes, enquêteurs (ou délateurs ?), ont pointé du doigt Rachida Dati, ministre de la Culture, après la publication d’un message d’hommage à Calbo, rappeur d’Ärsenik et du Secteur A, décédé le 4 janvier à 52 ans.
Un certain « Nizzague », qui a endossé ici le costume de Sherlock Holmes, a accusé la ministre d’avoir eu recours à l’IA pour écrire cet hommage. Sa légitimité ? Ce monsieur se présente comme « un petit gars du 9.5 qui était ado quand Ärsenik a explosé » et qui a donc « lu avec attention les hommages rendus suite à son décès ». Il assure disposer de plusieurs preuves. Et bien connaître l’intelligence artificielle. Selon lui, le texte est bourré « de fautes d’orthographe » et d’incohérences, illustrant « parfaitement les limites de l’IA ».
Texte «pondu» par un conseiller
Le Huffpost dit avoir contacté le ministère de la Culture, qui lui a assuré « ne pas recourir à l’IA pour ce genre de communications ». Contrairement à ce que beaucoup de monde pourrait imaginer, les textes publiés par Rachida Dati, ou d’autres ministres, sont rédigés « par un des conseillers ». Les erreurs constatées par ledit Nizzague seraient-elles celles d’un stagiaire ? Peut-être. Le ministère admet laisser parfois « des coquilles ». « Mais nous avons immédiatement apporté les corrections nécessaires sur le site », explique le représentant du ministère.
Selon Nizzague, Rachida Dati aurait également « pompé et retravaillé une biographie » publiée sur un site d’information. Pour appuyer son propos, il prend l’exemple d’un passage où la ministre évoque l’inconnu titre Shalom. Peut-être voulait-elle dire Shaolin, la chanson d’Ärsenik extraite de leur album Quelque chose a survécu en 2002 ? L’internaute a repéré la même erreur sur la biographie en question et soupçonne un « copier-coller » sans vérification.
Le ministère corrige... après-coup
« Qui a déjà écouté Shalom, le fameux titre d’Ärsenik qui avait révélé la “virtuosité du groupe et leur amour de la langue française maniant rimes multisyllabiques et métaphores sans jamais perdre leur ancrage dans le réel”», se moque-t-il, citant le communiqué. Le ministère, gêné, n’a pas souhaité répondre aux questions du Huffpost sur ce sujet. Mais...depuis les commentaires acerbes de Nizzague, il a modifié le texte et ajouté le bon titre de la chanson.
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Hommage artificiel ou émotion sincère de la ministre, dans son message, Rachida Dati exprimait « ses plus sincères condoléances à la famille du rappeur, à son frère Lino, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté du rap français, qui a perdu l’un de ses piliers ». La ministre louait aussi « la voix grave et la plume aiguisée de Calbo qui ont profondément marqué l’histoire de la musique française », mais aussi son « art engagé, lucide et sans concession ». Sur ces mots élogieux, Nizzague est resté silencieux.
Ärsenik - Shaolin (2002)