*Sylviane Giampino est présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence au sein du Haut conseil de la famille de l’enfance et de l’âge.
Les alertes se succèdent à un rythme soutenu sur les nouvelles difficultés de vivre des enfants et des adolescents. Les enfants qui naissent et grandissent aujourd’hui forment une génération très ouverte sur le monde mais marquée par les inquiétudes sanitaires, écologiques, la désinformation, les guerres et une accélération des modes de vie. Des bilans sur leur situation sont alarmants : 5,5% des enfants de 12 à 17 ans consomment, de plus en plus tôt, des médicaments psychotropes, le nombre de gestes suicidaires et autres gestes auto-infligés des adolescents augmente, 22% sont impactés par la pauvreté, beaucoup plus que pour l’ensemble de la population (15,5%).
Passer la publicitéQuand les enfants ne veulent plus aller jouer dehors, s’inquiètent pour la planète, que des adolescents en détresse ne trouvent plus l’aide dont ils ont besoin, il faut agir. Conditions de vie, accès à la santé… sur ces domaines comme sur d’autres, les Nations unies rappellent régulièrement la France à ses obligations dans l’application de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) qu’elle a signée en novembre 1989.
Pourtant, l’enfance est régulièrement annoncée dans les discours politiques comme une priorité d’urgence et d’avenir, et les enfants sont au cœur des préoccupations de l’immense majorité des familles, y compris celles qui sont confrontées à des difficultés aiguës. 75% des adultes déclarent que les politiques de l’enfance devraient être un enjeu majeur des pouvoirs publics. C’est donc bien maintenant qu’impulser une véritable politique de l’Enfance est à la fois nécessaire et possible.
Ambivalence des institutions
À l’heure des débats sur les orientations budgétaires de notre pays, il apparaît que l’enfance fait l’objet de dotations inégales en fonction des secteurs. De plus, les montants sont investis sur des dispositifs, services, structures et contrôles qui se juxtaposent, à travers des échelons de gouvernances difficilement synchronisées, au risque de mises en application contradictoires, et de surcoûts financiers et humains. L’enjeu minimal reste de maintenir l’investissement global dans l’enfance.
Un autre obstacle freine la lisibilité et la cohérence des dispositions législatives applicables à l’enfance : leur dispersion, dans une dizaine de codes (civil, pénal, de l’éducation, de l’action sociale et des familles, de la santé, du travail…).
Comment s’y prendre pour être à la hauteur des alertes exprimées par nos enfants, leur famille et les spécialistes ?Pourquoi une telle ambivalence de nos institutions ? Comment s’y prendre pour être à la hauteur des alertes exprimées par nos enfants, leur famille et les spécialistes ? Il nous faut, avant tout, mettre en place une politique de l’enfance pilotée, éclairée et coordonnée, pour accueillir, soigner, protéger, éduquer, socialiser, cultiver et émanciper nos enfants et nos adolescents.
Passer la publicitéC’est précisément pour poser les bases d’une politique de l’enfance fondée sur les besoins, les droits et la parole des enfants eux-mêmes qu’a été institué par la loi, le Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA (Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, ndlr). Il réunit l’ensemble des acteurs concernés au niveau interministériel - administrations, élus, chercheurs, associations, sécurité sociale, et les enfants eux-mêmes - autour d’une approche globale des politiques de l’enfance. Pour le Conseil, les différentes sphères de la vie et du développement de l’enfant et de l’adolescent forment un tout indivisible. Il porte une attention particulière aux périodes charnières – première enfance, préadolescence – et embrasse l’ensemble des temps et lieux de l’enfant, y compris ceux passés en dehors de la famille ou de l’école, longtemps sous-estimés et pourtant, aussi décisifs sur les trajectoires de vie.
Or, depuis 10 ans, le Conseil réalise les bilans qui pointent tous vers la nécessité d’une politique publique de l’enfance coordonnée, pilotée et évaluée, et d’une législation claire, stable et effective. Les repères d’une politique globale de l’enfance existent. Ils ont été partagés, rendus publics, remis et présentés successivement à pas moins de 41 ministres.
Pour avancer, il nous faut un ministre de l’Enfance, de plein exercice, à même de porter une politique de l’enfance, et d’animer en interministériel la cohérence des réglementations impactant les enfants. Une urgence pour les 14 millions d’enfants et d’adolescents en train de grandir en France.