Résumons: la manifestation du circuit des Remparts à Angoulême, lorsque vous y êtes allé une fois dans votre vie, vous n’avez qu’une envie - y revenir -, et lorsque vous y êtes, vous rêvez que cela ne s’arrête jamais. Dans la cité charentaise, il plane un air de douce France. Début septembre, la météo est souvent clémente. Cette année, c’était le cas. La ville est en fête, au diapason de l’automobile. Les commerçants jouent le jeu, mettant leurs vitrines aux couleurs de l’événement. Le concours d’élégance a lieu le vendredi soir sur une place du centre-ville. Cela ne manque pas d’allure: les Bugatti 35 trouvent refuge dans la cour intérieure de l’hôtel de ville.
Certes, les grincheux trouveront sans doute que ces machines pétaradantes dérangent leurs habitudes et entravent la circulation mais la manifestation participe à l’activité économique de la région et, le patrimoine automobile mérite qu’une rencontre en ville soit maintenue. Autrefois l’une des manches phares de championnats internationaux, Pau a disparu des calendriers. Le rendez-vous d’Angoulême reste donc le dernier à se dérouler en ville. L’esprit est bon enfant. L’ambiance décontractée. Ici, les pilotes n’ont rien à gagner. Avec les murs et les rails jamais très loin, ils ont d’ailleurs plus à perdre. L’automobile est célébrée sous toutes ses formes: anciennes et modernes communient autour d’une passion commune. L’organisateur ne fait pas de différenciation.
Le samedi, un rallye touristique est d’ailleurs organisé dans la campagne environnante. Chacun des trois plateaux mène sa vie. «Nous préparons trois road-book différents pour éviter que trop de véhicules se retrouvent sur les mêmes routes», explique Jean-Marc Laffont, l’organisateur. Les 19 ancêtres ont le leur, les quelque 80 véhicules de 1920 à 1959 et les 200 véhicules représentant une période plus récente aussi. Cette année, tout ce petit monde s’est retrouvé pour déjeuner au château de la Mercerie, à Magnac. Même si les road-books ne sont pas dévoilés, un public nombreux se masse tout au long du parcours. La preuve que l’automobile fait toujours rêver. À l’approche de la pause déjeuner, il règne une ferveur incroyable sur le bord des routes. Des grappes d’amateurs pique-niquent à l’ombre des arbres. On croise des voitures de tous les âges dont certaines que l’on n’avait pas vues depuis longtemps. C’est le cas de certains youngtimers que l’on croyait envoyés dans la machine à broyer des primes à la casse successives.
Le dimanche, Angoulême se met sur son 31. Des voitures de course de toutes les époques investissent les rues de la cité. Les mécaniques résonnent sur les murs en pierre charentaise. Concert de décibels assuré. Les plateaux réservés aux ancêtres, des modèles des pionniers de l’automobile, mais aussi celui des Bugatti de grand prix, occupent une place à part. Certains n’amusent pas la galerie. Le spectacle est réjouissant. Il nous rappelle les grandes heures du circuit, lorsque Juan Manuel Fangio alors au début de sa carrière européenne, était venu se frotter aux références européennes. Angoulême sait aussi, comme personne, faire partager la passion de l’automobile et du sport automobile. Il était ainsi possible de discuter avec l’Allemand Jürgen Barth, ancien pilote Porsche vainqueur des 24 Heures du Mans 1977, Romain Dumas, pilote éclectique vainqueur aussi au Mans sur Porsche, et Nicolas Prost, les invités d’honneur de l’édition 2024. Séduit par l’ambiance de la manifestation, Nicolas Prost a ainsi prévenu qu’il essaierait de faire venir son père Alain l’année prochaine.