Un match du sacre à l'image de sa saison. Privé pour cause de blessures de joueurs créateurs majeurs comme Ange Capuozzo, Peato Mauvaka et bien sûr Antoine Dupont, le Stade toulousain a dû apprendre à gagner autrement cette année. Irrésistible l'an passé, il était une machine à broyer chaque adversaire sans pitié, et l'UBB en avait particulièrement fait les frais en finale, ne marquant que trois petits points pour 59 encaissés.
Pour rester au sommet, Ugo Mola a dû revoir ses cartes, s'adapter et jouer sur d'autres forces. Le pied de Thomas Ramos comme toujours, une arme de précision fatale qui a sorti les Rouge et Noir de l'ornière plus d'une fois. L'arrière du XV de France semble hermétique à toute forme d'enjeu, et sa soirée parfaite au pied samedi (24 points à 100%) a permis aux Toulousains de toujours rester au contact.
Les avants ont pilonné, Ramos les a sauvés
Mais c'est dans les tranchées, rugueuses et brutales, que le Stade Toulousain a construit son succès samedi soir, mais aussi sur tout le chemin pour y arriver. En demi-finale, l'Aviron bayonnais avait lui aussi regardé dans les yeux des Toulousains sans génie mais efficaces, mais il avait finalement mis le genou à terre (32-25). Comme l'UBB. Lors de cette finale, ce fut encore plus marquant. Sur 100 minutes de jeu, Toulouse n'a inscrit que trois essais. Et les trois ont été inscrits par ses avants : deux pour Jack Willis, héroïque dans le combat et l'engagement, et un pour Anthony Jelonch, qui disputait sa première finale avec Toulouse.
Le signe que Toulouse s'en est remis à son pack, dominateur en mêlée et sur les ballons portés. "Bravo à nos avants qui ont fait un boulot incroyable, qui ont récupéré des des pénalités sur les ballons portés, sur les mêlées, à notre agressivité défensive. Ce n'est peut être pas le plus joli match de notre vie sur le plan offensif, mais quand on est comme ça on est redoutables", a tenu à saluer Thomas Ramos, élu homme du match.
Un plan de jeu pas forcément chatoyant, mais terriblement efficace, surtout quand il est relayé après une cinquantaine de minutes de jeu par un banc effrayant composé d'Emmanuel Meafou, Cyril Baille, Joel Merkler ou Pita Akhi, au moment où l'adversaire commence à faiblir. "Oui, on a été raillés car c'est vrai que ça a été dur. Evidemment qu'on n'a pas été bon au rugby. Je suis très fier d'être à la tête de ce groupe, ils ont encore de belles années, félicitations aussi aux perdants qui ont été valeureux", a rappelé Ugo Mola, l'entraîneur du Stade toulousain.
"On nous a beaucoup critiqués sur notre jeu, sur notre fin de saison, mais au fond de nous on savait qu’on allait être au rendez-vous. C'était un match hyper disputé, bravo à Bordeaux, ils font une super saison. Je pense qu’on se paye tout simplement de la saison qu’on fait."
Paul Graou, demi de mêlée du Stade toulousainà Canal+
Alors qu'on les pensait presque à l'abri avec dix points d'avance (33-23) et quinze minutes à jouer, les Toulousains ont constaté que rien ne leur serait donné facilement cette saison. L'égalisation sur le gong de Maxime Lucu (80e) aurait pu doucher leur élan, mais ce sont eux, encore au courage, qui sont allés arracher deux pénalités décisives en prolongation. "On était tous morts. On est allés chercher les ressources avec les tripes, avec ce qu'on n'avait plus. On n'avait plus d'énergie, plus rien. Tout le monde nous promettait l'enfer ce soir. Mais franchement, je suis fier des mecs, on a fait un match de dingues, je pense qu'on a fait le meilleur match de l'année, ici, ce soir", a raconté, soulagé, Anthony Jelonch.
L'UBB avait presque la clé
En face, les joueurs de l'UBB ont certes subi la puissance toulousaine, mais leurs éclairs ont été tout proches de suffire pour l'emporter. Eux qui avaient gagné les trois duels cette saison ont buté sur la dernière marche, même si le titre de champions d'Europe validera leur grande saison. "Les meilleurs ont gagné ce soir, c'est dur pour nous car on est revenu dans le match. En première mi-temps, on a été en dessous du niveau escompté, mais on fait une belle seconde période", a reconnu Yannick Bru, l'entraîneur de l'UBB, au micro de France Télévisions, suivi par son ouvreur Matthieu Jalibert. "Ils ont été plus précis, plus costauds au bon moment. Mais on peut sortir la tete haute car on a livré un beau combat."
Le contenu de cette finale n'aura pas été le plus savoureux pour Toulouse, mais le triple champion de France en titre a montré qu'il pouvait gagner de différentes manières une finale. La force d'un groupe pléthorique capable de faire oublier même les plus grands joueurs du monde. "Avec cette défaillance totale de notre part en demi-finale de Coupe d'Europe, on ne pouvait pas se permettre de passer à côté de notre phase finale. Ce soir, je crois que le Stade Toulousain ne doute pas", a posé Thomas Ramos.
Ce Stade toulousain ne doute pas, et devrait récupérer l'an prochain ses internationaux Peato Mauvaka, Ange Capuozzo, Alexandre Roumat et bien sûr Antoine Dupont. C'est peut-être le plus effrayant pour l'UBB et les autres adversaires.