Lancement des déclarations d’impôts : derrière « le monde merveilleux » vanté par Bercy, le mal-être grandissant des agents des Finances publiques

Ce qu’il y a de commode dans les rituels, c’est qu’au fil du temps, on peut aisément en anticiper la teneur. Ainsi en va-t-il du barnum officiel autour du lancement de la campagne déclarative des impôts 2025 sur les revenus 2024, ce 10 avril, inauguré le jour même par une conférence de presse à Bercy (12e arrondissement de Paris), en présence de la ministre des comptes publics, Amélie de Montchalin, et de la Directrice générale des Finances publiques (DGFiP), Amélie Verdier.

« Une fois encore, les autorités de Bercy vont sans aucun doute vanter le ”monde merveilleux de notre administration” », raille pour sa part le syndicat Solidaires, qui a décidé d’opposer à la version édulcorée servie aux journalistes, l’envers du décor, à travers une conférence de presse organisée demain, tandis que la CGT publie un dossier particulièrement fourni sur la saignée à nulle autre pareille subie au fil des années par cette administration qui a payé le prix fort de « la simplification et de la fusion ». « Nos agents exercent des missions de service public au cœur de l’État puisqu’ils récupèrent et gèrent l’impôt et pourtant cette administration est sacrifiée », dénonce ainsi Olivier Villois, secrétaire national de la CGT finances publiques.

550 nouvelles suppressions d’emplois en 2025

À l’unisson, les deux syndicats appréhendent d’ores et déjà l’engorgement sur les sites auquel cette période va donner lieu. « On sait très bien que la déclaration sur les revenus, c’est toujours un moment fort pour les usagers et les contribuables qui, même quand ils savent utiliser extrêmement bien Internet, tiennent quand même à venir nous voir pour être sûrs de ne pas faire d’erreur avant de valider leur déclaration », explique la secrétaire générale de Solidaires Finances publiques, Sandra Demarcq. « Dès lors, comment absorber le flux, alors que les effectifs n’ont cessé de fondre au fil des années ? » interroge la syndicaliste.

Depuis la création, au sein du ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique, de la DGFiP en 2008, près de 30 000 emplois ont en effet été ainsi supprimés, soit 30 % des effectifs, auxquels s’ajouteront les 550 nouvelles suppressions de postes prévues dans le budget 2025. « C’est énorme et on sait pertinemment que, comme d’autres administrations, nous en subirons plusieurs centaines d’autres en 2026 », anticipe Sandra Demarcq.

Des suppressions de postes qui s’accompagnent dans la foulée de fermetures accélérées de sites, depuis la mise en place du mal nommé « Nouveau réseau de proximité » (NRP). « Nous, on appelle ça plutôt un nouveau réseau d’éloignement », tranche Sandra Demarcq.

Et pour cause, depuis son lancement en 2021, ce NRP, présenté comme une réponse au manque de services publics notamment en zone rurale, s’est avant tout traduit par la fermeture de centres dédiés à l’accueil des particuliers au profit de centres de contacts téléphoniques ou de Maisons France services, dont la vocation est d’être multitâches, avec des conseillers généralistes qui n’ont ni la formation adéquate ni la possibilité d’intervenir sur les dossiers des usagers et de résoudre directement leurs problèmes.

Disparitions de guichets en série

À Paris, l’hécatombe est particulièrement violente. Depuis 2021, la cartographie des disparitions de guichets a en effet de quoi donner le vertige, avec la mort programmée des centres du 11e (en 2025), du 12e et du 13e arrondissement (en 2027), tandis que ceux du 3e et 4e ont d’ores et déjà fermé leurs portes pour être regroupés dans les locaux du 2e arrondissement, où serait voué à les rejoindre, à partir de 2028, celui de la place de l’Argonne, dans le 20e arrondissement. « En 2021, Paris comptait encore 25 sites, à terme, il n’en restera plus que douze, où devront s’entasser les 3 900 agents des Finances publiques », dénonçait Nadia Djiab, co-secrétaire de la section CGT Finances publiques à Paris, dans nos colonnes en novembre dernier.

Entre-temps, les agents des guichets restants ont par ailleurs été sommés de restreindre drastiquement les plages d’accueil au public ou de traiter de façon expéditive leurs demandes, les renvoyant régulièrement aux démarches sur Internet, alors même que ces derniers doivent faire des déplacements de plus en plus longs pour accéder à un guichet. « Il y a une dizaine d’années, nous étions ouverts tous les jours, mais là on se retrouve avec des ouvertures sur deux ou trois demi-journées dans la semaine », pointe Olivier Villois, secrétaire national de la CGT finances publiques.

« Tous les indicateurs sont au rouge »

Si ces temps d’accueil vont être élargis à la faveur de cette campagne déclarative, les agents n’en redoutent pas moins les effets rebonds d’une longue période de disette. « Dès qu’il y a une ouverture plus large, les gens en profitent. Ils vont venir pour leur déclaration d’impôts, mais aussi pour régler tous les soucis qu’ils ont eus au cours de l’année et laissés sans réponse. Envoyer un mail et parler à un robot, ce n’est pas ce qu’il y a de plus utile », ajoute Olivier Villois.

La robotisation et l’intelligence artificielle, telles sont pourtant les solutions miracles sur lesquelles la direction des Finances publiques semble miser, malgré des ratés en série, dont ont par exemple témoigné les déboires rencontrés avec la plateforme Gérer mon bien immobilier (GMBI).

Auparavant gérée manuellement par les agents, la déclaration, désormais automatisée sur la base d’informations entrées directement par les contribuables, avait généré au cours des deux dernières campagnes des avis de taxes d’habitation pour des nourrissons… Résultat : des agents confrontés à un afflux de réclamations et contraints de rectifier le tir tout en gérant les tâches du quotidien.

Autant de maux qui ne sont pas sans conséquences sur la santé des agents, selon Sandra Demarcq : « Depuis plusieurs années, tous les indicateurs sont au rouge. Avec les restructurations incessantes dans nos administrations, nous constatons un mal-être grandissant, des burn-out, des arrêts maladie de plus en plus nombreux, mis en évidence par les observatoires internes à la DGFiP. Tout ceci inquiète également la direction, mais elle n’en fait pas la même analyse. » Contactée par l’Humanité, la DGFiP n’a pas apporté de réponses à nos questions, nous renvoyant vers la conférence de presse d’aujourd’hui.

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