« Ce n’est pas aux salariés de payer le scandale de l’eau minérale », l’espoir d’un repreneur ravive les verriers de Perrier

Depuis avril et l’annonce de la fermeture de la verrerie Owens-Illinois, qui embouteille principalement les eaux de Nestlé Waters, dont celles voisines de Perrier, les banderoles ont fleuri à l’entrée du site de Vergèze (Gard). « Ici, 164 chômeurs » ; « Ici reposent 164 familles ». 164 emplois directs et 400 indirects sont menacés par la décision du propriétaire de l’usine et premier fabricant mondial d’emballage.

Sous une très forte chaleur, ce jeudi 3 juillet, 3 000 personnes ont manifesté leur soutien aux salariés verriers dans leur recherche d’un repreneur. Parmi eux, de nombreux élus locaux, comme le candidat communiste à la mairie de Nîmes, Vincent Bouget (PCF), les députés Raphaël Arnault (LFI) et François Ruffin (Debout !). Parmi eux aussi, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, dont la prise de parole a fait sensation.

Un potentiel repreneur, un industriel d’envergure nationale, serait sur les rangs pour donner un avenir à l’entreprise. Son identité n’est pas divulguée mais la leader cégétiste assure : « C’est une piste sérieuse, avec un repreneur qui connaît bien le site. Mais l’entreprise américaine doit vendre plutôt que licencier. Et Nestlé doit garantir les volumes à l’avenir. Ce n’est pas aux salariés de payer le scandale de l’eau minérale. » Une chose est sûre : « La CGT ne laissera pas cette usine fermer », réaffirme Sophie Binet.

Le sort de la verrerie Owens-Illinois est lié à celui de Nestlé Waters, propriétaire de Perrier, dont l’utilisation par le passé de traitements de désinfection de ses eaux a fait scandale depuis la révélation de la pratique par la cellule d’investigation de Radio France. Non dangereux à la consommation, ces procédés sont néanmoins interdits pour les eaux minérales naturelles.

Début mai, la préfecture du Gard a mis en demeure le géant suisse de l’agroalimentaire de retirer avant le 7 août son système actuel de microfiltration, lui aussi controversé, sous peine de perdre son label d’eau minérale naturelle, ce que Nestlé a promis de faire. La décision du préfet du Gard, attendue d’ici le 8 août, pourrait en fait être connue dès la semaine prochaine.

« Les entreprises ferment les unes après les autres »

Entre-temps, les syndicats de l’usine seront reçus à la préfecture du Gard, le 10 juillet prochain. « Perrier est notre principal client depuis plus de trente-cinq ans, ils nous achètent 90 % de production, donc notre sort est totalement lié à cette décision », rappelle l’un des ouvriers mobilisés. « On est convoqués en intersyndicale le 10 à 18 heures. Espérons que Nestlé s’est mis en conformité et qu’il conservera l’appellation d’eau minérale naturelle », souffle Yoann Goupille, secrétaire de la CGT de la Verrerie du Languedoc.

Pour l’heure, le plan social est en cours de négociation et les licenciements, si l’usine gardoise n’est pas reprise, devraient intervenir début janvier. « On est à l’abandon et les entreprises ferment ici les unes après les autres », se désole le délégué syndical de Force ouvrière Zouber Amara, chef d’équipe qui travaille à Vergèze depuis plus de vingt-cinq ans.

La bataille pour trouver un repreneur est donc fondamentale. « On va les forcer à vendre. Vergèze vivra », lance Sophie Binet. Pour accompagner cette démarche, toutes les verreries du Languedoc étaient en grève ce jeudi 3 juillet. Nombre de leurs salariés ont convergé vers Vergèze en provenance des treize départements de l’Occitanie et même de plus loin : Paris ou les Vosges. « On a eu une fermeture de four à Albi. L’industrie verrière se délocalise, alors qu’on importe entre 30 et 40 % des bouteilles. Pourquoi fermer des sites ? » s’interroge Alain Jeanjean, secrétaire syndical CGT à la verrerie VOA d’Albi.

Dans la filière, les restructurations en chaîne ont causé 556 suppressions d’emplois à l’échelle nationale. « Ils reviennent aussi sur des acquis sociaux obtenus il y a trente ans. On demande au gouvernement d’agir. Depuis cinq ans en France, Owens-Illinois a engrangé 15 millions d’euros d’aide de l’État », indique Stéphane Leroy, délégué syndical d’Owens-Illinois.

Fustigeant Perrier et le gouvernement, François Ruffin rappelle que la part de l’industrie représente désormais moins de 10 % du PIB. « Cela ne dépend que de choix politiques. Le gouvernement a un pouvoir immense. Soit on décide de se coucher face aux multinationales, soit il prend le parti de leur tenir tête. »

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