Alors que la course pour le vote d'un budget définitif pour l'année 2026 s'accélère, France 2 reçoit Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, dans les "4 Vérités" du lundi 1er décembre. Selon le locataire de Bercy, le 49.3, auquel le Parti socialiste se dit prêt à recourir, n'est pas encore d'actualité et un compromis peut encore être trouvé sur certains points.
Ce texte correspond à la retranscription d'une partie de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.
Cyril Adriaens-Allemand : Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale fait son retour à l'Assemblée demain. Le Premier ministre et vous-même recevez les socialistes et les communistes à Matignon tout à l'heure. Est-ce que vous êtes prêts à saisir la perche tendue dimanche par le patron des députés PS, qui finalement n'exclut plus une adoption du budget par le 49.3 ?
Roland Lescure : Non, je pense que le sujet n'est pas là aujourd'hui.
La méthode est un sujet…
Oui, et justement la méthode inédite qu'a choisie le Premier ministre, c'est de ne pas avoir recours au 49.3.
Donc, aujourd'hui, vous dites : "On ne recourra pas au 49.3" ?
Ne pas avoir recours au 49.3, c'est ne pas écrire la fin du film, afin qu'il soit joué. Chacun doit prendre ses responsabilités et effectivement négocier de manière à trouver un compromis. Si vous dites "49.3", au fond, vous déresponsabilisez tout le monde. Donc pas de 49.3, on est tous responsables. On fait tous les pas les uns vers les autres qui permettent, in fine, de faire du compromis. Ça se fait dans tous les pays du monde et moi je suis intimement persuadé aujourd'hui, parce qu'il y a une majorité de députés qui le veut, que c'est possible. Donc non seulement c'est indispensable, on a besoin d'un budget de la Sécu, sinon ce sont des déficits très importants qui s'élargissent encore l'année prochaine, on a besoin d'un budget de la Sécu, et on est capables de l'atteindre.
Et s'il n'y a pas de compromis, c'est qu'il y a un vote le 9, comment fait-on ?
On fait que le compte de la Sécu part à la dérive. C'est très simple, le déficit de la Sécurité sociale, c'est 23 milliards d'euros, ça fait beaucoup d'argent. On était à 10 milliards il y a deux ans et si on n'avait pas de budget de la Sécu, moi je ne me mets pas dans cette hypothèse, on serait sans doute au-delà de 30 milliards. Donc la raison pour laquelle je dis ça aujourd'hui, c'est que nous avons besoin de ce budget, et la bonne nouvelle, c'est qu'on a une majorité de députés qui est prête aujourd'hui à le voter à condition de trouver des compromis. Et donc je ne me mets pas dans une hypothèse dans laquelle on n'en a pas, je me mets dans une hypothèse dans laquelle on va aller trouver ces compromis.
Par une loi spéciale éventuellement ? Il y en a qui disent, il faut se donner du temps, ne nous mettons pas le 9, le 15 décembre comme des ornières.
En fait, on a des délais constitutionnels qui sont définis, qui poussent le Parlement, effectivement, à décider dans les temps de manière que le 1er janvier on ait un budget, en fait deux budgets : le budget de l'État et le budget de la Sécurité sociale. Donc le 9, c'est le budget de la Sécurité sociale, il nous reste une dizaine de jours pour le négocier. En fait, les débats ont déjà été très largement ouverts par l'examen à l'Assemblée, puis au Sénat, vous l'avez dit, on retourne à l'Assemblée. Donc, je suis intimement persuadé que sur tous les sujets qui sont ouverts, des prélèvements, les économies de dépenses, on va arriver à converger. On est dans la dernière ligne droite. J'avais parlé de course de haies. On est dans l'une des dernières haies. C'est souvent les plus difficiles à sauter. On est un peu épuisés. Il faut plutôt accélérer carrément, pour gagner la course.
Est-ce que vous êtes prêt à lâcher du lest sur certains sujets ? Par exemple, le président de la Commission des Affaires sociales qui nous dit qu'il faut une clarification de la part du gouvernement sur les éléments sur lesquels on peut discuter et avoir un compromis, celui que vous demandez. Est-ce que vous pourriez par exemple lâcher du lest sur l'élargissement à la hausse des franchises médicales ?
Ça fait partie des paramètres et je ne veux surtout pas, je vais vous décevoir, mais négocier sur un plateau. Les négociations, elles ont lieu avec ceux qui votent.
Et en même temps, ils ont besoin de savoir sur quoi ça pourrait bouger.
Bien sûr, je peux vous dire que les paramètres aujourd'hui sont : les prélèvements, est-ce qu'on paye un peu plus pour notre Sécu ? Les dépenses, est-ce qu'on dépense un peu moins ? Parmi les dépenses, il y a ce qu'on appelle l'indexation des prestations sociales sur l'inflation. La bonne nouvelle, c'est qu'on a gagné le combat contre l'inflation. L'inflation est en dessous de 1 % en France. Mais malgré tout, si vous geliez, c'est zéro. Si vous indexez, c'est 0,9 % ou 1 % ou à peu près. Et puis les franchises. Donc tout ça, ça fait partie des discussions qui vont avoir lieu. Il peut y avoir un geste sur ce point.
C'est vous qui donnez un peu le tempo.
On a mis un budget sur la table. Donc c'est un point de départ. Et le gouvernement, il est là pour orchestrer, si je puis dire, les négociations entre les différents groupes, être capable de faire proposer, en tout cas, des solutions techniques pour avancer sur tel ou tel sujet.
Mais quand on parle de la hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine qui passent à 2, plutôt que 2,7 milliards, ça, ça vous convient ?
Ça, ça fait partie des choses que l'on doit discuter.
Ça vous convient ?
Je ne veux pas donner l'impression qu'on est absents de ces négociations. On joue un rôle très important. Mais j'allais dire que ce qui me convient à moi est secondaire. La question, c'est : est-ce que je suis capable de faire converger des positions qui aujourd'hui sont en désaccord vers des positions d'accord.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.