Verre à moitié vide ou à moitié plein ? Interrogé sur BFMTV sur le rapport de l’ONG Flagrant déni consacré au travail de la police des polices, révélé mardi 18 novembre par l’Humanité, le directeur de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), Stéphane Hardouin, a contesté l’idée d’une « impunité » organisée des policiers auteurs de violences, mais reconnu que beaucoup d’améliorations pouvaient être apportées au dispositif actuel.
Sur les problèmes d’indépendance posés par les cellules de déontologie locales, une des principales révélations du rapport de Flagrant déni, il a concédé qu’il y avait besoin de « mettre en cohérence » ces cellules, qui traitent la grande majorité (90 %) des dossiers disciplinaires.
« Dépayser » les enquêtes s’il y a « un risque de conflit d’intérêts »
Le patron de la police des polices a ainsi plaidé pour une nouvelle organisation où l’IGPN exercerait « un rôle de coordination, d’évaluation, un droit de regard, un droit de contrôle », ce qui n’est « pas complètement le cas » actuellement.
Stéphane Hardouin a annoncé une réunion de travail vendredi avec « les directeurs zonaux » pour organiser systématiquement un « dépaysement » des enquêtes « lorsqu’il y a un risque (…) de conflit d’intérêts », c’est-à-dire quand l’échelon local est jugé « trop proche d’une affaire ».
« C’est un progrès, mais largement insuffisant, réagit Lionel Perrin, coordinateur juridique de Flagrant déni. En effet, la Direction générale de la police n’annonce aucune mesure concrète qui serait de nature à rendre l’IGPN indépendante, ni à renforcer l’attractivité de son Inspection. Notre rapport rappelle qu’un quart de l’effectif d’enquêtes de l’IGPN n’est pas pourvu à cause d’une grave crise des vocations. Ce qui est nécessaire, c’est une loi pour donner enfin un vrai cadre légal (actuellement inexistant) pour le traitement des enquêtes de polices des polices. »
Contactée par l’Humanité, la Direction générale de la police nationale (DGPN) a de fait contesté tout problème lié à la tutelle du ministère de l’Intérieur sur ces services de déontologie (IGPN et cellules locales). Elle a en revanche reconnu les « difficultés d’attractivité de l’IGPN, en particulier pour les services d’enquête de Paris, de l’Outre-mer et de Marseille ».
Au 1er septembre 2025, selon sa comptabilité, « 20 % des 135 postes d’enquêteurs que compte la sous-direction des enquêtes administratives et judiciaires étaient vacants ». Un taux de vacance qui grimperait à « 34,7 % pour le corps de commandement (les officiers) », ajoute la DGPN.
Deux députés réclament une commission d’enquête parlementaire
« Vraie bonne nouvelle » pour Lionel Perrin, deux députés, Roger Vicot (PS) et Andrée Taurinya (LFI), ont écrit ce mercredi 19 novembre au président de la Commission des Lois, le député (Renaissance) Florent Boudié, pour lui demander la création d’une commission d’enquête parlementaire sur « la gestion par l’IGPN et l’IGGN des enquêtes relatives aux violences commises par les personnes dépositaires de l’autorité publique ».
« Les propos de Stéphane Hardouin, qui dit ne pas disposer de chiffres précis sur les affaires de violences policières autres que celles traitées par l’IGPN, soit moins de 10 % des affaires, montre toute la nécessité de cette commission d’enquête », ajoute Lionel Perrin.
Contacté par l’Humanité, le président de la Commission des Lois ne nous a pas répondu sur les suites qu’il comptait donner à cette demande.
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