Vendée Globe : « J + 74 Purger sa déception »

Ça fait une semaine qu’on a repris la mer, je vous mentirais si je vous disais que ce nouveau départ des Falklands (Malouines) a été simple… Je purge ma tristesse dans le sillage de mon bateau. Ces sentiments sont peu à peu remplacés par une gratitude que je nourris : celle de barrer mon voilier en solitaire vers les Sables-d’Olonne.

Ça me fait toujours un pincement au cœur quand je vois sur la cartographie le mot « abandon » sur mon Stand as One-Altavia. Ce mot me fait mal. J’ai le sentiment de n’avoir jamais abandonné, d’avoir justement tout fait sauf abandonner. J’ai été disqualifié parce que j’ai demandé assistance, mais je n’ai jamais rien lâché et par respect pour l’esprit de cette compétition que j’aime tant je suis reparti seul sur mon bateau. Ce serait assez génial si, à l’avenir, l’organisateur décidait de modifier ce terme « abandon » par « hors course », car le choix des mots est important.

Je cours désormais le Vendée Globe dans un monde séparé de celui de mes camarades. Je partage cette nouvelle solitude avec Yannick Bestaven (qui navigue également hors course après une escale forcée à Ushuaia pour réparer son Maître Coq V – NDLR), il m’a gentiment fait part de son mode d’emploi pour ce retour en mer, en me disant que les premiers jours allaient être douloureux, mais que ça irait mieux au fil des jours et il avait raison.

En repartant des Falklands, j’avais décidé d’être heureux, je me le répétais constamment : « Le bateau va bien, le mât est en place, tu es en bonne santé, profite de ce bonheur d’être en mer ! » Mais il y a une différence entre le décider et le ressentir. Quelque chose s’est passé lundi, je me sens à nouveau bien, j’ai repris mes marques et retrouvé ma routine, même si ces derniers jours j’ai été aux prises avec des vents faibles.

Je fais des rêves délirants, à tel point que j’ai parfois du mal à les séparer de la réalité, une part de moi pense que cette escale aux Falklands était un songe… À terre, on s’en rend moins compte, mais ici je mesure la puissance du rêve. On dit que ça permet de laver le cerveau, de décharger des choses. Ici, c’est ce qui nous permet de respirer, de sortir de notre quotidien, de la mer à 360 degrés.

Avant de partir, une dernière chose…

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