Avant la place des Quinconces, le château Trompette : quand Bordeaux vivait sous les canons

Aujourd’hui ouverte, minérale, presque évidente, la place des Quinconces semble avoir toujours appartenu au paysage bordelais. Elle accueille tour à tour rassemblements populaires, fêtes foraines, marchés, manifestations culturelles et événements sportifs. Pourtant, là où s’étend l’une des plus vastes places d’Europe se dressait autrefois une forteresse massive, hérissée de canons : le château Trompette. Un monument disparu, volontairement effacé, mais dont l’ombre continue de hanter l’histoire de la ville.

Le château Trompette naît au milieu du XVe siècle, dans un contexte de rupture. Lorsque Charles VII décide, en 1455, d’implanter une forteresse sur les rives de la Garonne, Bordeaux vient à peine de changer de camp. Deux ans plus tôt, la fin de la guerre de Cent Ans a mis un terme à plusieurs siècles de domination anglaise.

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Le projet du château Trompette répond alors à une double logique : prévenir toute tentative de retour des Anglais par le fleuve, mais aussi tenir sous surveillance une cité récemment rattachée au royaume, dont la fidélité passée à la couronne d’Angleterre nourrit encore la défiance du pouvoir royal. La forteresse se tourne autant vers l’extérieur que vers l’intérieur de la cité : ses pièces d’artillerie ne se contentent pas de garder l’estuaire, elles rappellent aussi aux Bordelais la présence et l’autorité du roi.

Plan-relief du château Trompette, détruit au début du XIXe siècle. Maquette au 1/200e, 1705. Paris, Musée des Plans-reliefs. Johanna Daniel - Peccadille / Licence CC

Au fil des siècles, le château Trompette s’agrandit, se modernise, et devient l’un des plus puissants du royaume. Pensé comme une place forte moderne, adaptée à l’artillerie, il est progressivement renforcé sous les règnes de François Ier puis de Louis XIV. Ses bastions, ses remparts et ses fossés en font l’un des ensembles militaires les plus imposants du royaume.

Défendre et surveiller les Bordelais

Pour les Bordelais, elle devient le symbole durable de l’autorité royale imposée, et demeure profondément impopulaire. Cette fonction répressive lui vaut le surnom de la «Bastille bordelaise». Lors de la Fronde, au XVIIe siècle, les Bordelais n’hésitent d’ailleurs pas à l’attaquer : signe que la forteresse n’a jamais été pleinement acceptée par la ville.

À la fin du XVIIIe siècle, son rôle militaire s’épuise. En 1785, le château est officiellement déclassé par Calonne, ministre de Louis XVI. Les démolitions commencent dès l’année suivante, mais le chantier s’étire dans le temps : il faudra attendre 1816 pour voir l’édifice être totalement rasé, presque jusqu’aux fondations.

Vue des démolitions du château Trompette, gravure sur cuivre de Baugean d’après Leblanc, extraite de l’ouvrage «Le nouveau voyage pittoresque de France», 1817 Wikimedia Commons / Domaine public

À sa place, le XIXe siècle invente un immense espace ouvert, pensé pour la circulation, la promenade et la représentation civique : la place des Quinconces. Les colonnes rostrales qui la bordent côté Garonne sont élevées en 1828. En 1858 viennent s’y ajouter les statues de Montaigne et de Montesquieu, figures tutélaires de l’esprit bordelais, avant que le monument aux Girondins et sa fontaine monumentale ne soient inaugurés en 1899.

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En substituant le vide à la forteresse, Bordeaux tourne une page de son histoire. Pourtant, sous les pavés, le souvenir demeure. Le tracé de certaines rues, la toponymie et les plans anciens rappellent qu’avant d’être une place, les Quinconces furent un château.

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