Le sous-marin russe Novorossiysk serait en difficulté au large de Gibraltar, que sait-on ?

C’est un sous-marin russe de guerre qui a déjà navigué non loin des côtes françaises. Cette fois-ci, le Novorossiysk se trouve dans la région du détroit de Gibraltar ou au large du Portugal et serait dans une situation délicate, a affirmé le compte Telegram Tchéka-OGPU, réputé pour avoir des sources au sein des services russes de sécurité, samedi 27 septembre.

Ce submersible "actuellement en mission de combat en Méditerranée, rencontre de graves problèmes techniques", souligne ce compte Telegram, très critique à l’égard du Kremlin. Il ajoute qu’une "fuite de carburant liée à une grave avarie entraîne un important risque d’explosion dans la cale".

Ni les autorités russes, ni les médias officiels n’ont évoqué la présence du Novorossiysk en méditerranée ou ses éventuels soucis et rapatriements. Il a cependant été aperçu en surface dans le détroit de Gibraltar, vendredi 26 septembre.

En outre, un avion de patrouille maritime de l'armée américaine survole depuis plusieurs jours l’endroit où a été aperçu ce sous-marin russe, ont indiqué plusieurs comptes spécialisés dans l’analyse de données ouvertes sur X et Telegram.

France 24 résume ce qu’il faut savoir de cet incident dans l’un des détroits les plus stratégiques et fréquentés au monde. Un incident au-dessus duquel flotte l’ombre de la tragédie du Koursk, ce sous-marin russe qui a coulé en 2000 entraînant la mort de 118 personnes.

  • Un sous-marin relativement récent

Il s’agit d’un sous-marin de plus de 70 mètres de long transportant un équipage de plus de 50 personnes. Le Novorossiysk appartient à la classe de sous-marins diesel Kilo qui "est relativement récente. Elle a été développée à partir des années 1980, et il ne s’agit donc pas des familles de sous-marins des années 1940 et 1950 qui ont connu de nombreuses avaries", souligne Alexandre Vautravers, spécialiste des questions d'armement et rédacteur en chef de la Revue militaire suisse.

Les sous-marins de classe Kilo "ne sont pas très perfectionnés. Ils ont été conçus pour pouvoir être fabriqués en grand nombre plutôt que pour doter la flotte russe de submersibles de pointe. Ce sont aussi des modèles que la Russie a beaucoup exporté, car il ne comporte pas de technologie secrète", explique Alexander Vautravers.

Le sous-marin Novorossiysk lors de son inauguration en 2013 à Saint Pétersbourg
Le sous-marin Novorossiysk lors de son inauguration en 2013 à Saint Pétersbourg REUTERS - Alexander Demianchuk

Le Novorossiysk appartient aux modèles les plus récents de cette classe, puisqu’il a été mis en service en août 2014. Il a été affecté à la flotte de la mer Noire en septembre 2024.

Comme les autres sous-marins de sa classe, sa raison d’être principale "est d’opérer le long des côtes où la profondeur des mers n’est pas trop grande", précise Alexandre Vautravers.

Il est également équipé pour le combat grâce à ses torpilles et peut transporter des missiles de croisière de type Kalibr, c’est-à-dire l’équivalent russe des missiles Tomahawk américains. Les sous-marin de classe Kilo "sont aussi susceptibles de déployer des mines sous-marines", précise Alexandre Vautravers.

Avant de fureter du côté de Gibraltar, le Novorossiysk a vu d’autres cieux… et eaux. La marine française l’a notamment repéré en 2022 au large des côtes bretonnes et avait dépêché un vaisseau pour le suivre. Plus récemment, les Britanniques l’ont suivi de près en juillet 2025 lorsqu’il a traversé les eaux anglaises dans la Manche.

  • Que faisait-il dans le détroit de Gibraltar ?

Le Novorossiysk était "en mission de combat" dans le détroit de Gibraltar, a affirmé le compte Telegram VChK-OGPU. Inquiétant ? Ce type de mission ne signifie pas forcément que ce sous-marin pointe les missiles vers les positions anglaises à Gibraltar, par exemple.

"Il s’agit le plus souvent de missions discrètes liées au renseignement ou à l’acheminement confidentiel de personnel et de matériel", explique Alexandre Vautravers.

À cet égard, le détroit de Gibraltar constitue une zone de choix pour ce type d’espionnage sous-marin. C’est le seul point d’accès en méditerranée depuis l’Atlantique, et tous les navires qui y transitent sont étroitement surveillés.

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En outre, les Russes ont traditionnellement maintenu une présence navale en Méditerranée. "Il s’agit du déploiement dans la durée de forces navales pour atteindre des objectifs politiques, économiques et stratégiques en projetant son influence militaire dans une région", souligne Basil Germond, spécialiste des questions de sécurité internationale et maritime à l’université de Lancaster.

Cependant, la capacité russe de se projeter en Méditerranée "est actuellement très limitée [en raison de la guerre en Ukraine, NDLR] et la perte de la base russe de Tartu en Syrie a constitué un revers important pour la marine russe", précise Basil Germond.

Le Novorossiysk était ainsi l'un des rares bâtiments de la marine russe encore présent en Méditerranée et capable de démontrer la projection de puissance russe dans cette zone.

  • Quel est l’ampleur des dégâts ?

En l’absence de confirmation ou de communication officielle de la part de la Russie, difficile d’évaluer l’importance des dégâts encourus (ou pas) par le Novorossiysk.

Le récit qui en a été fait par VChK-OGPU sur Telegram semble inquiétant pour l’équipage : tout aurait commencé par une avarie au niveau du système de carburant. Ce dernier s’est ensuite écoulé dans la cale. À tel point que le risque d’explosion serait dorénavant élevé.

À cela s’ajoute le fait que le Novorossiysk ne disposerait pas "des pièces détachées nécessaires ou du personnel compétent" pour réparer les dégâts. "Les navires de guerre russes sont connus pour être peu et mal entretenus à l’heure actuelle, avec un équipage qui n’est souvent pas formé pour faire face à ce genre de situation", reconnaît Basil Germond. La faute, en grande partie, à l’effort de guerre qui a réduit à la portion congrue le matériel disponible et les équipages spécialisés.

Certes, "ce n’est pas un sous-marin nucléaire, et l’impact d’une explosion serait ainsi plus limité pour l’environnement et la sécurité", note Alexandre Vautravers. Il précise que le risque lié à l’incident dépend aussi de l’armement à bord. Des mines ou missiles qui exploseraient en plus rendrait la situation beaucoup plus dangereuse.

Le risque de détérioration de la situation est d’autant plus grand que la Russie n’a pas de port à proximité et le Novorossiysk devrait être convoyé jusqu’à Saint-Pétersbourg pour être réparé. À moins de demander de l’aide ?. "Si la Russie ne réussit pas à régler le problème seule, elle ne demandera sûrement pas l’assistance d’un pays de l’Otan, vu le contexte actuel", conclut Basil Germond.