Tout dans cette affaire laissait augurer d’un désastre. « Pluie du dix juillet mouille sept fois du moissonneur le bonnet », dit un vieux dicton. Ni les agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ni leurs commanditaires parisiens ne le connaissaient. Ils allaient tous, pourtant, être mouillés et bien mouillés, ce 10 juillet 1985.
Ce mercredi matin, comme de coutume, le Conseil des ministres s’était réuni à l’Élysée autour du président, François Mitterrand, et du jeune premier ministre, Laurent Fabius. L’histoire n’en a rien retenu de particulier. À 13 h 40, les membres du Conseil devaient être en train de déjeuner. À l’autre bout du monde, à Auckland, en Nouvelle-Zélande, il était 23 h 48. Une explosion retentissait dans le port, suivie d’une autre quatre à cinq minutes plus tard.
Un chalutier de 48 mètres, un trou béant dans la coque à tribord au niveau de la salle des machines, s’enfonçait dans les eaux sombres : le « Rainbow Warrior ». Ce chalutier était le navire amiral de la flottille d’une organisation internationale écologiste, Greenpeace. Il s’apprêtait à cingler vers l’île polynésienne de Moruroa dans le but de perturber les essais nucléaires auxquels procédait l’armée française.
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L’ordre de couler le « Rainbow Warrior », on l’apprendra bien plus tard, avait été donné par le président lui-même et son ministre de la Défense, Charles Hernu, qui en avaient confié l’exécution à la DGSE, dirigée alors par l’amiral Lacoste. L’opération était baptisée « Satanique ». L’amiral Lacoste raconta plus tard : « Reçu en audience par le président de la République, le...