« À l’époque, c’était presque une berline de luxe » : la Peugeot 405 de Nicolas affiche 715.000 km au compteur grâce à un entretien méticuleux

«Je l’ai achetée le lendemain de l’obtention mon permis de conduire », raconte Nicolas. Nous sommes en janvier 2000, il a tout juste 18 ans et vient d’obtenir son permis fin décembre 1999. Cette Peugeot 405 SR noire, sortie d’usine en mars 1990, affiche déjà environ 160.000 kilomètres au compteur. Et pour le jeune homme, c’est le début d’une longue histoire d’amour automobile. «Un petit héritage» d’une arrière-grand-mère lui avait permis avec sa sœur Hélène et son frère jumeau Benoît de faire l’acquisition de cette voiture : «à l’époque nous avions presque l’impression de rouler dans une berline de luxe », raconte-t-il.

«L’été qui a suivi, on avait décidé avec une vingtaine d’amis, de faire un voyage à vélo de Paris jusqu’en Provence», se souvient Nicolas. La 405, rapidement surnommée «Minette» permet de transporter les sacs grâce à une carriole à l’arrière, fait le ravitaillement en eau et, grâce à sa radio équipée d’un lecteur CD - une technologie encore rare dans les années 2000 -, fait office de sono lors des pauses. C’était une autre époque.

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Les voyages s’enchaînent : Sud-Ouest jusqu’en Aveyron en 2001, remontée vers la Vendée en 2002, tour de la Bretagne et Normandie en 2003, châteaux de la Loire en 2004. À chaque fois, la même bande d’une vingtaine d’amis, à vélo, avec «Minette» qui ouvre la route.

La voiture aurait dû partir à la casse

Et dire, qu’à peu de chose près, la 405 manquait ces magnifiques voyages. Au cours de l’un d’entre eux, en août 2001, Nicolas subit un accident. Entrée en collision avec un camion qui venait de griller une priorité, la 405 perd son pare-chocs, le radiateur et le capot. Le garage lui annonce que la réparation coûte plus cher que la valeur de la voiture. Impensable pour Nicolas, et sa bande de copains à vélo, déjà très attachés à sa compagne mécanique. Ils se cotisent pour payer les réparations.

«Je me suis débrouillé pour aller trouver des pièces à la casse», raconte-t-il. Il négocie avec le garagiste, trouve les pièces nécessaires et fait réparer la voiture. Une partie du moteur est remplacée. «Depuis le mois d’août 2001, elle roule avec le même », précise-t-il fièrement.

Un mythe

En 2005, le projet prend une nouvelle dimension. «On était un groupe de jeunes chrétiens et il y avait des JMJ, Journées Mondiales de la Jeunesse , qui étaient annoncées par le Pape à Cologne en Allemagne», explique Nicolas. Avec ses amis, il crée l’association «En Avance» pour organiser un pèlerinage à vélo avec une centaine de jeunes. La 405, rebaptisée «Minette Sécu 1» pour l’occasion, prend la tête du cortège. «Cette voiture était devenue complètement mythique. Tout le monde l’attendait», se souvient-il.

Mais ce voyage reste marqué par une tragédie : «Une de nos jeunes participantes est malheureusement décédée sur la route. C’était un accident de vélo.» Après être rentré à Paris pour l’enterrement, le groupe, soudé par l’épreuve, reprend la route pour terminer le pèlerinage. L’année suivante, en 2006, ils repartent, cette fois de Florence jusqu’à Rome. «Nous sommes allées déposer notre souffrance au pied du Saint-Père», explique Nicolas. À chaque trajet, la voiture effectue l’aller-retour de nuit depuis Paris. «C’était déjà une voiture qui avait dépassé les 300.000 kilomètres», précise-t-il.

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Les périples continuent : Rocamadour-Lourdes en 2007, Pampelune-Saint-Jacques-de-Compostelle via Madrid en 2008, Salzbourg-Vienne en 2009, Split-Venise en 2010. À chaque fois, des trajets nocturnes Paris-point de départ, puis dix jours de vélo avec une centaine de jeunes, et retour à Paris dans la nuit. «2010, a été l’année de son dernier grand voyage, raconte Nicolas. Je commençais à avoir peur qu’elle tombe en rade. En 2011, elle avait passé les 500.000 kilomètres. Je me disais : s’il leur arrive quelque chose, je m’en voudrais toute ma vie.»

Les secrets d’une telle longévité

Nicolas garde désormais la voiture pour lui et sa famille. Entre-temps, l’auto a assuré les sorties de messe de mariage de Nicolas mais aussi de son frère jumeau et de plusieurs de ses amis. Avec sept enfants, il a dû acheter un break familial, mais la 405 reste la deuxième voiture. «Mes enfants y sont tous très attachés. C’est drôle parce qu’ils ne l’appellent pas Minette, mais Maminette», sourit-il. Aujourd’hui retraitée en Bretagne, «la 405 m’est indispensable pour mes travaux de jardinage et les allers-retours à la gare de Lamballe», continue-t-il.

Comment une voiture de 1990 peut-elle atteindre 715.000 kilomètres ? «La maladie de cette voiture, c’est quand même le carburateur, qui est fragile et qui finit par s’encrasser et s’abîmer. Je l’ai changé deux fois», répond Nicolas. L’embrayage a également été remplacé deux fois, la boîte de vitesses une fois en 2009, et l’alternateur au moins deux fois. «Je la connais par cœur, donc je sais exactement les pièces qui sont en train de fatiguer, qui seront à changer.»

«À froid, on ne pousse jamais un moteur dans les tours, on attend qu’il soit chaud», insiste Nicolas. Il fait une vidange une fois par an, même si aujourd’hui la voiture roule peu. La courroie de distribution doit être changée tous les cinq ans, un point crucial à ne pas négliger. Quoi d’autre ? «Une essence, c’est finalement presque plus facile à prolonger qu’un diesel. Un diesel, ça a besoin de faire de la route, sinon il s’encrasse très vite», analyse-t-il. Il apprécie aussi l’odeur de l’essence 98, qu’il qualifie de «madeleine de Proust».

«Le secret, c’est aussi de limiter le nombre de conducteur. Quand on passe sa voiture de main en main, le risque, est qu’elle soit poussée différemment en fonction des conducteurs», constate-t-il. Enfin, l’avantage d’une voiture simple, c’est qu’il y a «très très peu d’électronique. Ce sont des voitures qui sont quand même très faciles à réparer», souligne Nicolas. Mais surtout, il ne faut pas se laisser décourager : «Plusieurs fois, le garage m’a dit : “Monsieur, votre voiture a plus de 500.000 kilomètres , il faut changer les freins, il y en a pour mille euros, à quoi bon ? Achetez une voiture plus récente”», raconte-t-il.

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Fin 2023, Nicolas a fait passer sa 405 en collection. «L’avantage, c’est que le contrôle technique, est désormais valable 5 ans», explique-t-il. Il est tranquille jusqu’en décembre 2028. «Pour moi, cette voiture, a un supplément d’âme. Elle fait partie de ma famille depuis presque toujours. J’ai promis à mes filles de les conduire en 405 jusqu’à l’église le jour de leur mariage. Ce sera mon bonheur, et son ultime hommage», conclut-il.