Ligue Conférence : Strasbourg, l’Europe pour continuer à grandir dans l’ombre de Chelsea

À Strasbourg, il n’y a plus seulement au parlement qu’on échange sur l’Europe. À partir de 20 heures, jeudi 21 août, dans un stade de la Meinau en partie rénové, 25 000 Strasbourgeois vont assister au retour de leur club en coupe d'Europe, six ans après le dernier (court) passage du Racing sur la scène continentale. Opposés aux Danois de Brondby en barrages aller de Ligue Conférence, les Alsaciens espèrent bien que cette affiche ne sera que la première de la saison.

Septième de Ligue 1 l’an passé, et qualifié pour ces barrages à la faveur de la victoire en Coupe de France du PSG (déjà qualifié pour la Ligue des champions), le RC Strasbourg n’a toutefois rien d’un invité surprise. Sans une baisse de régime soudaine en mai dernier, les Alsaciens auraient même pu se qualifier pour la Ligue des champions ou la Ligue Europa. Car, depuis son rachat en juin 2023 par le consortium américain BlueCo (également propriétaire des champions du monde de Chelsea), le RCSA a bien changé. À tel point que le Racing entend devenir un habitué des joutes continentales.

Satellite de Chelsea et aussi dépensier que le PSG

Avec 56 matchs européens à son compteur pour le moment, dont une campagne de Ligue des champions (1980) et six épopées en Ligue Europa, le RCSA est loin du vécu continental d’autres clubs tricolores, avec un quart de finale de C1 et trois huitièmes de finale de C3 au compteur. Lors de leur dernier passage en Europe, à l’été 2019, les Strasbourgeois avaient buté en barrages de ligue Europa face au club allemand de l’Eintracht Francfort, après avoir battu l'équipe israélienne du Maccabi Haïfa et la formation bulgare du Lokomotiv Plovdiv.

Mais, depuis, tout a changé sur les bords du Rhin. À l’heure de recevoir Brondy, club de la banlieue de Copenhague bien plus habitué aux joutes européennes, le RC Strasbourg se veut ambitieux. Et pour cause : avec son passage sous pavillon américain, devenant par la force des choses un club satellite de Chelsea, le RCSA a vu ses moyens décuplés. Avant même la fin du mercato, Strasbourg a déjà dépensé 102 millions d’euros cet été, selon le site spécialisé transfermarkt, ce qui en fait le deuxième club le plus dépensier de France, tout juste derrière le PSG (103 M€).

Pas moins de quinze recrues ont ainsi débarqué en Alsace, avec une liaison Eurostar directe entre Strasbourg et Londres, puisqu’il y a eu dix mouvements de joueurs entre le RCSA et Chelsea. À l’image de Mamadou Sarr, vendu cet été à Chelsea par Strasbourg, puis prêté par Chelsea… à Strasbourg. Car BlueCo a fait du RCSA son antichambre de talents, avec une politique qui mise tout sur le marché de jeunes diamants.

Un modèle qui fonctionne... mais qui révolte

Ce fonctionnement propre à la multipropriété de clubs (modèle appliqué par BlueCo) ne ravit toutefois pas tout le monde en Alsace. Principal groupe de supporters du club, les Ultra Boys ont ainsi annoncé le prolongement de leur grève des encouragements durant chaque premier quart d’heure. "Chelsea mène la barque au détriment de l'indépendance de notre club. Le problème lié à la multipropriété est profond, c'est une logique destructrice qui transforme des clubs historiques en pièces interchangeables d'un portefeuille globalisé, et ce système a tendance à se généraliser", alerte ainsi le groupe de supporters.

Toujours est-il que, après deux ans sous l'égide de BlueCo, la recette fonctionne pour le moment. En ne recrutant que des jeunes à forts potentiels, revendus ensuite à Chelsea (ou ailleurs), Strasbourg a obtenu des résultats probants. Et continue dans cette voie, puisqu’aucune des 15 recrues estivales n’a plus de 23 ans. Face à Metz, dimanche 17 août, le RCSA est ainsi devenu la première équipe d’Europe à aligner onze titulaires nés au XXIe siècle. Des jeunes scrutés aux quatre coins du continent.

"J'ai beaucoup de chance qu'on ait encore recruté des jeunes et talentueux joueurs. J'ai un bon noyau de joueurs qui ne comprend pas seulement les principes de jeu mais aussi nos valeurs d'intensité, de fraternité, de combat pour les autres”, apprécie ainsi l'entraîneur Liam Rosenior, qui a choisi Emanuel Emegha comme capitaine. À 23 ans, et après deux saisons au club, le Néerlandais fait en effet figure d’ancien. Ce dernier espère voir le RCSA "le plus haut possible", en fin de saison, "au-dessus de la septième place", ajoute Liam Rosenior.

Ce qui passe par une qualification pour la Ligue Conférence, d’abord, face à Brondby. Pour cela, le RC Strasbourg s’appuiera sur un autre vent de fraîcheur : celui qui souffle sur le stade de la Meinau. Construite pour l’Euro 1984 et jamais rénovée depuis, l’antre du Racing est en plein lifting jusqu'à août 2026, avec une nouvelle tribune présidentielle prête pour la réception de Brondby, jeudi. Déjà réputée pour son ambiance, et portée de 26 000 à 32 000 places à l’issue du chantier, la Meinau espère bien rugir dans les prochains mois sur la scène européenne. Histoire de, pourquoi pas, faire parler du RC Strasbourg jusqu'au parlement européen.