Samedi 8 mars, Aviva Stadium. 29e minute de jeu entre l’Irlande et la France. Antoine Dupont reste au sol après un virulent déblayage et est contraint de quitter la pelouse. Malgré le succès retentissant des hommes de Fabien Galthié à Dublin, la sortie du meilleur joueur du monde laisse un goût amer aux yeux du public tricolore. Le communiqué redouté tombe le lendemain sur les réseaux sociaux du capitaine des Bleus : rupture du ligament croisé du genou droit confirmée. Si la nouvelle a fait l’effet d’une déflagration pour le XV de France, la tristesse et les doutes ont forcément envahi son club du Stade Toulousain.
Ainsi, l’institution haut-garonnaise se doit de procéder sans son guide suprême, alors qu’elle s’apprête à défendre ses deux titres (Top 14 et Champions Cup) en cette fin de saison. Irremplaçable ou presque. Pour preuve, le capitaine des Rouge et Noir reste sur une incroyable série de 29 matches consécutifs en phases finales dans les deux compétitions, qui prendra irrémédiablement fin contre Sale début avril.
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«Nous payons un lourd tribut à la sélection», regrettait le président Didier Lacroix auprès de nos confrères de Rugbyrama après la triste annonce. Et d’ajouter, plus positivement : «Que les choses soient claires, nous avons toute confiance en nos demis de mêlée que sont Paul (Graou) et Naoto (Saito).» S’il est plus difficile de croire en l’affirmation sur le second cité - compte tenu des performances contrastées du Japonais depuis son arrivée sur les bords de la Garonne -, le premier apparaît bien comme l’homme de la situation.
Graou a trouvé de la régularité
Clément Poitrenaud, entraîneur des arrières
Situation qu’il a déjà connue, dans une moindre mesure, la saison dernière, lorsque Dupont effectuait ses allers-retours avec l’équipe de France de rugby à 7 en vue des Jeux olympiques. La tâche apparaît cependant plus ardue au cours de ce nouvel exercice, puisqu’il est acquis que son coéquipier ne reviendra pas sur le carré vert avant la fin de la saison. Paul Graou devra ainsi guider les siens vers de nouveaux sacres, accédant, malgré lui, à place de titulaire. Loin d’être une mince affaire, mais le défi est drôlement excitant et le garçon offre des garanties à son staff depuis plusieurs mois. «Il arrive cette saison à une forme de plénitude, où on sent que ses performances ont pris de l’épaisseur et qu’il a trouvé de la régularité», assure Clément Poitrenaud, entraîneur des arrières, auprès de l’AFP.
Il ne fera jamais du Antoine Dupont, parce que personne n’est capable de le faire, il fera du Paul Graou parce qu’il a des qualités
David Mélé, entraîneur des skills au Stade Toulousain
Et d’ajouter : «Même hors période de doublon, il a son droit à la parole comme l’ensemble des joueurs qui sont concernés par la stratégie de l’équipe.» La parole, il devrait ainsi la prendre un peu plus que d’habitude sur le terrain au cours des trois prochains mois. Personne n’ira jusqu’à dire que le malheur des uns fait le bonheur des autres - qui plus est pour Paul Graou, ami d’enfance d’Antoine Dupont -, mais cette malheureuse blessure du capitaine des Bleus offre à l’ancien Agenais, arrivé en 2022 du côté de la Ville rose, l’occasion d’exploser dans les (très) grands matches.
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Des doublons menés de main de maître
Pour confirmer les propos de Poitrenaud, le demi de mêlée (qui a prolongé à Toulouse jusqu’en 2027) reste sur une série de huit rencontres sans défaites avec les Rouge et Noir - lorsqu’il a démarré en tant que titulaire -, dont quatre victoires consécutives durant les récents doublons. Joueur rempli de qualités, «qui a un excellent jeu au pied, va très vite et est très costaud», selon David Mélé (entraîneur des skills et ancien n°9), Graou fait certainement face au plus grand défi de sa carrière. Souvent pointé du doigt pour son côté fantasque et dur à cerner dans son animation, le Toulousain aura la lourde tâche de faire oublier l’absence du meilleur joueur du monde et de dicter le tempo dans les grands rendez-vous.
Certainement aidé par le gestionnaire et facilitateur Romain Ntamack au poste d’ouvreur, et entouré de joueurs de classe mondiale à tous les rangs, l’homme de 27 ans ne doit cependant pas renier son ADN : «Il ne fera jamais du Antoine Dupont, parce que personne n’est capable de le faire, il fera du Paul Graou parce qu’il a des qualités et parce qu’il a aussi beaucoup de choses à faire valoir», poursuit Mélé pour l’AFP.
Face au Leinster, en demi-finale de Champions Cup il y a trois ans, il était entré après seulement un quart d’heure de jeu et avait connu un match difficile, pour une défaite toulousaine à l’Aviva Stadium. L’heure est peut-être venue de prendre sa revanche. Après trois semaines de repos, retour prévu face à la Section Paloise, ce samedi, avant de rêver d’un nouveau doublé - cette fois en tant que titulaire - , qui marquerait sa carrière à jamais.