«J’ai de la haine envers ce système qui ne protège pas les enfants» : la rage des parents de Yanis, qui s’est suicidé après la libération de son agresseur
En Haute-Savoie, Yanis, 17 ans, s’est donné la mort en mars après avoir appris que celui qui l’avait agressé sexuellement pendant trois ans habitait désormais à trois kilomètres de chez lui.
Passer la publicité Passer la publicitéDans une story publiée sur Instagram peu de temps avant le drame, Yanis laissait peu de place au doute : «Savoir que l’homme qui m’a enlevé trois ans de ma vie soit dehors en liberté à même pas 3 km de chez moi me répugne tellement. J’ai envie de crier, pleurer, casser. Cet homme m’a brisé, détruit, sali.» Peu de temps après avoir découvert que son agresseur vivait à quelques kilomètres de chez lui, cet adolescent de 17 ans s’est donné la mort le 30 mars dernier, en Haute-Savoie, révèle France 3. Interrogés par nos confrères de RTL ce lundi matin, les parents de Yanis crient leur révolte : «J’ai de la haine envers ce système», scande son père.
Récidiviste
En septembre 2022, l’adolescent confie à l’association «Karl», qui accompagne les enfants victimes d’abus sexuels, avoir été agressé sexuellement durant trois longues années. Elle fait un signalement auprès des autorités et incite Yanis à dire la vérité à ses parents. Les gendarmes arrêtent rapidement l’intéressé qui se trouve être un récidiviste : il a déjà été condamné en 2007 puis en 2014 pour des infractions sexuelles sur des mineurs, indique le Parisien . Renvoyé devant le tribunal correctionnel de Bonneville en état de récidive légale, l’homme est condamné pour l’agression de Yanis à cinq ans de prison ferme en octobre 2023.
Finalement, l’homme reste deux ans et quatre mois en détention, puis est libéré en février 2025. Il retourne habiter dans le village de Marignier, à trois kilomètres du domicile de la famille de Yanis qui habite dans la commune de Thyez. L’individu n’a en effet été condamné à aucune mesure d’éloignement à l’encontre de sa victime. L’homme vit sous bracelet électronique, soumis à un suivi psychologique. Cette remise en liberté, le père de Yanis l’apprend au détour d’une conversation avec une connaissance. Il en parle aussitôt à son fils, alors que la justice n’aurait pas pris le soin de le faire directement.
Contacté par Le Parisien, le procureur de Bonneville Boris Duffau assure que «le juge d’application des peines a bien envoyé un courrier informant la famille du jeune homme de la sortie de détention de son agresseur». Cette lettre n’est en tout cas jamais arrivée au domicile des parents de Yanis. Le 30 mars, l’adolescent commet l’irréparable en ingérant des médicaments. Dans une lettre d’adieu retrouvée sur son portable, la remise en liberté de son agresseur et la proximité avec celui-ci sont explicitement indiquées comme des motifs de passage à l’acte.
«Il aurait pu le recroiser n’importe où»
«Son geste est lié à la sortie de son agresseur, c’est écrit noir sur blanc sur la lettre d’adieu qu’il nous a laissée, explique au micro de RTL la mère de Yanis, Delphine. Nous sommes en colère. Yanis avait toujours peur de recroiser son agresseur, sachant qu’il prenait le train lui-même à Marignier et que son agresseur habite à Marignier. Il aurait pu le recroiser n’importe où. Ils auraient dû le mettre dans un autre département, qu’il refasse sa vie ailleurs.»
À son tour, le père de Yanis laisse exploser sa colère : «J’ai de la haine envers ce système qui ne protège pas les enfants victimes d’agressions sexuelles. Ce sont des enfants que l’on doit protéger, pas des enfants que l’on doit abandonner. Je ne peux pas tolérer ça.» Les parents de Yanis en appellent au ministre de la Justice Gérald Darmain afin de créer une loi qui obligerait la justice à prévenir les parents d’enfants victimes d’abus sexuels de la sortie de prison de son agresseur : «Monsieur Darmanin, faites quelque chose, merci beaucoup.»