Le «Madoff du Var», accusé d’une escroquerie à 38 millions d’euros, jugé à Marseille

Plus de quinze ans que les victimes de cette arnaque titanesque attendaient un procès, et sept ans que l’enquête avait été définitivement bouclée. Ce jeudi, Fabrice Denizet, surnommé au pic de l’affaire le «Madoff du Var», comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Marseille pour une vaste escroquerie au préjudice de plus de 950 victimes entre 2009 et 2012.

L’ancien courtier est accusé d’avoir arnaqué ces épargnants au début des années 2010 à travers sa société. Issues principalement du Var, ces personnes se tournaient vers lui pour réaliser des placements au rendement sur le papier très alléchant. Mais en réalité, l’homme ne les aurait pas réalisés, allant jusqu’à encaisser les chèques sur son compte personnel. Le préjudice est estimé à 38 millions d’euros.

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«Son entreprise ne servait qu’à accumuler des fonds de clients, à son propre profit, et il se servait de ceux déposés par les uns pour rembourser le cas échéant les autres, selon le principe classique du système de Ponzi», peut-on lire dans l’ordonnance de renvoi que Le Figaro s’est procurée. Selon cette même source, le prévenu «n’investissait aucunement ces fonds, comme il le faisait miroiter, et, dès lors, ses clients ne pouvaient au final que perdre les fonds qu’ils croyaient efficacement investis».

Faux documents

L’escroquerie n’a duré que quelques années, mais Fabrice Denizet a réussi à attirer dans ses filets un nombre impressionnant de clients aujourd’hui floués. Son entreprise proliférait à la faveur du bouche-à-oreille attirant des épargnants aisés qui lui confiaient d’importantes sommes d’argent et d’un «système persuasif» de promotion à travers plusieurs commerciaux qui démarchaient la clientèle, mais aussi, et surtout, sur du vent.

Le premier mensonge résidait dans «des rendements anormalement élevés de l’ordre de 8 %». Pour mettre un peu plus en confiance sa clientèle, selon l’ordonnance de renvoi, Fabrice Denizet présentait à ses clients ni plus ni mois que de «faux documents visant à faire croire en la solidité de sa société et du montage financier, et notamment en se prévalant de l’appui d’organismes financiers importants, mais aussi en faisant croire qu’il disposait des autorisations nécessaires pour exercer son office».

En effet, lors du démarchage de ses clients, l’accusé n’utilisait pas le réel nom de sa société, mais une entité trompeuse nommée Sgam, pour Société générale Asset Management. Ce subterfuge permettait «la mise en confiance de ses futures victimes persuadées à tort d’avoir à faire à la banque Société générale». En effet, les enquêteurs ont découvert que le nom de la véritable société était ajouté sur des chèques initialement libellés à destination de la Sgam. Le 18 janvier 2012, la Société générale a d’ailleurs communiqué un signalement au procureur de la République de Toulon, signant ainsi la première alerte dans cette affaire. Quelques jours plus tard, l’autorité des marchés financiers avait saisi à son tour la justice varoise.

Pas de procès public

Par ces manœuvres, en quelques années, Fabrice Denizet, au casier judiciaire vierge jusqu’à cette affaire, s’est constitué un cossu patrimoine, usant de son entreprise pour «assurer le train de vie de la famille Denizet». Une partie des fonds investis avait ainsi servi à «assurer la rémunération de Fabrice Denizet ainsi que les dépenses liées à ses acquisitions immobilières.» Au cours de leurs investigations, les enquêteurs ont découvert que l’entrepreneur était propriétaire de plusieurs biens immobiliers dans le Var, en Floride et à Vars dans les Hautes-Alpes , de garages, d’un SUV allemand et d’une voiture de luxe.

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Près de quinze ans plus tard, son conseil décrit un tout autre homme qui va se présenter à la barre du tribunal ce jeudi à l’aube de ses 60 ans. «Mon client est aujourd’hui très diminué physiquement et intellectuellement, affirme Me Stanislas Panon. Il a été victime d’un infarctus et de plusieurs AVC. Il est en situation de handicap et n’est que l’ombre de lui-même. Il a des grosses pertes de mémoire et est en recherche d’une forme de tranquillité et d’apaisement. Il a mangé son pain noir.»

Les victimes se retrouvent en revanche privées d’un procès public, puisque Fabrice Denizet a décidé d’être jugé au cours d’une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. «Nous attendons le renvoi de l’audience sur intérêt civile pour voir la manière dont mes clients pourraient être indemnisés», confie Me Hélène Feron-Poloni, avocate de 570 parties civiles dans ce dossier.

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