Cette idée originale et vertueuse vient du joaillier Chaumet qui a installé hier soir dans ses vitrines un nouveau décor de briques de tissus, obtenues grâce au broyage d’un stock d’anciennes vestes et chemises de ses employés.
Passer la publicité Passer la publicitéComme chaque soir, à 19 heures pile, les rideaux de fer sont descendus devant les quatre vitrines de Chaumet place Vendôme, et les bijoux ont été rangés dans les coffres. Jusque-là, rien de particulier. Mais ce lundi, alors que la nuit tombe, un ballet un peu particulier s’est ensuite mis en marche, mobilisant une vingtaine de personnes (set designers, électriciens, gardes de sécurité, responsable de la boutique...), à l’intérieur et à l’extérieur de la boutique, pour changer les décors des vitrines. Le projet est inédit car ce ne sont pas de classiques panneaux de cartons ou de bois qu’il faut poser mais des briques de tissus recyclés. «Nous renouvelons nos installations entre trois et cinq fois par an, selon les pays, explique la directrice du visual merchandising, postée sur la place devant le magasin, veillant à ce que le résultat corresponde à ce qui a été imaginé. Les incontournables sont celles de janvier, juin et novembre pour Noël. Et des animations peuvent être prévues en plus, comme celle-ci qui a été imaginée spécialement pour Paris, pour un mois, et qui résonne avec la fashion week. Elle voyagera peut-être dans d’autres pays ensuite, mais pour l’instant elle est installée uniquement dans notre boutique historique, au 12 place Vendôme.»
L’idée est née il y a six mois environ, car Chaumet doit bientôt changer les uniformes de ses vendeurs. En faisant un état des lieux, les équipes se sont aperçues qu’elles avaient encore sur les bras des stocks d’anciens vestiaires des dix dernières années... Soit 700 vestes bleues et chemises blanches dormant dans un coin des stocks. Cette manne inutile et encombrante a donc été confiée à l’entreprise parisienne Fabbrick, montée par une architecte de formation qui a inventé un processus de broyage de tissu pour fabriquer des briques de revêtement servant à l’aménagement d’intérieurs. La société a, depuis sa fondation en 2018, déjà recyclé cinquante tonnes de tissus (souvent fournis par le client) qui ont fini dans des boutiques, des bureaux. C’est la première fois que ses briques se retrouvent en vitrines.
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Il y a six mois environ, Chaumet leur a donc confié 312 kilos de tissus qui ont permis de fabriquer plus de 750 briques, installées depuis hier place Vendôme. Elles tapissent le fond et les côtés des quatre vitrines et servent aussi de support pour exposer les bijoux. Les vestes et les chemises ont permis de créer un dégradé de bleu marine et de blanc qui fait ressortir l’éclat de l’or et le brillant des diamants.
«Les solutions pour recycler les décors ne sont pas très nombreuses encore aujourd’hui, reprend la chef du projet. Nous les confions souvent à la Réserve des Arts, une association spécialisée dans le réemploi de matériaux pour les écoles, les théâtres, et les professionnels de la culture. Un partenariat avec un hôpital parisien est en bonne voie aussi. Mais nous sommes obligés désormais de réfléchir, dès la conception, à ce qu’on en fera après usage.» Ce clin d’œil à la mode circulaire fait écho à un principe cher à l’histoire de la joaillerie, secteur dans lequel -au regard de la valeur des matières premières- rien ne se perd et tout se transforme (ou se transmet).