Les dernières forces dans la bataille. En début d’année, Fritz Lee a annoncé son départ de Clermont à la fin de la saison, sa douzième avec le club auvergnat du Top 14. Une carrière bien remplie avec les Jaunards pour celui qui était rapidement devenu une icône du club. Une décision prise en concertation avec son manager Christophe Urios. «J’ai discuté avec lui, je ne continuerai pas avec l’ASM la saison prochaine, a-t-il alors confié. J’ai 36 ans, le club a des objectifs à atteindre. Il faut anticiper. C’est une décision que je comprends.» En soulignant son attachement à l’ASM : «J’ai beaucoup de respect pour le club qui m’a beaucoup donné. J’ai passé plein d’années ici. C’est pareil pour ma femme. Nos enfants sont nés ici, mais le plus important, ce n’est pas moi mais le club. Ce n’est pas facile de se dire qu’il me reste cinq mois. J’espère qu’on gagnera un titre pour finir !»
Un choix en forme de crève-cœur mais que Christophe Urios assume. «Ce n’était pas facile à dire pour moi, mais il l’a plutôt bien pris. C’est la classe, a reconnu le technicien à nos confrères de La Montagne. Après, il y a la réaction à chaud et ce qui se passe ensuite. Là, son comportement depuis est top. Tout de suite, il m’a dit qu’il lui restait six mois ici et qu’il allait tout donner parce que c’est un club qu’il aime. Maintenant, on va l’accompagner le mieux possible et puis, ça s’arrêtera.»
J’étais nerveux, stressé. En arrivant ici, j’ai dû m’ouvrir
Fritz Lee
Arrivé en 2013 en Auvergne en qualité de joker médical d’Elvis Vermeulen, l’ancien international à 7 avec la Nouvelle-Zélande a rapidement fait l’unanimité, le club auvergnat l’a prolongé sans hésiter. «Si tous les jokers médicaux pouvaient être aussi performants !», avait plaisanté à l’époque le talonneur auvergnat Benjamin Kayser. Une force de percussion qui a immédiatement fait des ravages en Top 14 (champion 2017) mais aussi en Champions Cup (finaliste 2013, 2015, 2017). L’ancien gaillard des Waikato Chiefs était pourtant arrivé dans la peau d’un parfait inconnu, tout juste connu pour une énorme «cravate» sur le demi de mêlée Luke Hamilton qui avait enflammé Youtube.
À Clermont, Fritz Lee est rapidement devenu le numéro 8 attitré de l’ASM. Le troisième ligne d’origine samoane était même considéré comme l’un des meilleurs en France, voire en Europe, à son poste. «Fritz Lee, c’est un peu le dernier représentant de dix années glorieuses de Clermont. Quand il a annoncé qu’il disputait ses derniers mois avec le club début janvier, les supporters de la Yellow Army ont été unanimes pour saluer le bonhomme, nous explique Arnaud Clergue, journaliste à La Montagne qui suit le club auvergnat au quotidien. Dans les travées du Michelin, vous ne trouverez personne pour dire du mal du Samoan. Par sa fidélité au club et son engagement sur le terrain, il est entré dans l’histoire de l’ASM.»
En 2019, il avait même hérité du brassard de capitaine de Clermont, leader par l’exemple exemplarité. Forçant sa nature plutôt réservée. «Je suis plutôt du genre à ne m’occuper que de mes affaires. Mais maintenant j’ai tellement de responsabilités, je ne peux pas me cacher. Je dois parler aux gens, vérifier que tout va bien. Personnellement, ce n’est pas un rôle facile que d’être capitaine d’une équipe française», avait-il concédé.
La belle histoire entre Fritz Lee et l’ASM a été récemment gâchée par une sombre affaire extrasportive. Il est en effet accusé d’avoir blessé une serveuse, en octobre dernier, alors qu’il fêtait dans un bar clermontois la victoire de son club contre Vannes (55-33) à l’occasion de la 7e journée de Top 14. «Face à de tels agissements, le club ne cautionne en aucun cas le comportement de certains de ses salariés, dont l’exemplarité sur et en dehors du terrain est une notion fondamentale et non négociable», avait réagi l’ASM.
Le joueur clermontois sera jugé au printemps pour violences aggravées dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Une rature dans une carrière jusque-là exemplaire. «Ses histoires extra-sportives n’ont absolument pas brouillé son image du côté de Clermont-Ferrand. D’ailleurs, plus grand monde ici ne parle de cet événement», souligne notre confrère Arnaud Clergue.
Il est sur de l’efficacité, comme sur le terrain. Il plaisante et déconne avec les gars, il choisit ses moments. Une chose est sûre, il diffuse de la sérénité
Franck Azéma, ancien entraîneur de Clermont
Christophe Urios lui a, en tout cas, maintenu sa confiance en attendant qu’il soit jugé. Fritz Lee a déjà disputé 17 matches cette saison (16 comme titulaire) avec l’ASM. Toujours aussi précieux à bientôt 37 ans. «Je savais que j’avais des dispositions techniques en arrivant en France, mais je manquais vraiment de confiance en moi. J’étais nerveux, stressé. En arrivant ici, j’ai dû m’ouvrir. Venir en France a été très important pour moi. Il y avait tellement de barrières, de défis à relever. Un monde différent, une culture différente, une langue différente», nous avait-il confié.
«Si le joueur continue de tout donner sur la pelouse, son niveau n’est pas celui qu’il possédait dans ses meilleures années. L’âge faisant, il n’impacte pas autant physiquement ses adversaires. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que Christophe Urios ne lui a pas proposé un dernier bail», reconnaît Arnaud Clergue.
Retrouvailles avec Azéma à l’Usap ?
Mais son aventure en France n’est peut-être pas finie. Selon les informations d’Actu Rugby , il intéresserait Perpignan, entraîné par Franck Azéma, son ancien mentor en Auvergne entre 2010 et 2021. Au moment de lui confier le brassard à Clermont, le technicien saluait déjà l’impact de son numéro 8 : «Il est sur de l’efficacité, comme sur le terrain. Il plaisante et déconne avec les gars, il choisit ses moments. Une chose est sûre, il diffuse de la sérénité.»
Fritz Lee n’est pas encore fixé pour la suite qu’il va donner à sa carrière. «Je n’ai aucune idée de ce que je vais faire la saison prochaine. Ce n’est pas un choix facile à faire, peut-être que je vais retourner en Nouvelle-Zélande, nous discutons beaucoup avec ma femme, avance-t-il. Mais je ne sais pas encore si je vais continuer à jouer...»