REPORTAGE. "Une ville endormie qui se réveille bien" : à Bourges, les usines d'armement font rayonner la capitale du Berry

La ville de Bourges, en pleine révolution industrielle. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les industries de l'armement embauchent à tour de bras dans la capitale du Berry. C'est notamment là que sont fabriqués les canons Caesar ou encore les missiles antiaériens Aster. Et grâce à cela, Bourges et ses 65 000 habitants sont en train de tourner la page de quatre décennies de désindustrialisation et d'effondrement démographique.

Pour constater ce réveil de la préfecture du Cher, direction la terrasse d'un restaurant du centre-ville, à deux pas de la cathédrale, à l'ombre des maisons à colombages. Beaucoup de jeunes se trouvent sur cette place animée, notamment de jeunes ingénieurs, qui travaillent dans l'industrie de l'armement. C'est le cas d'Alex, 26 ans. Parisien d'origine, il a tout quitté il y a sept mois pour emménager à Bourges, une décision qui a surpris son entourage : "La première réaction, c'est Bourges, c'est où ça déjà ?", se souvient-il.

Si Alex s'est installé à Bourges, c'est parce qu'il a été convaincu par son ami Clément, 25 ans, ingénieur lui aussi dans l'armement, et installé depuis sept ans dans la capitale du Berry. "Bourges, il y a sept ans, c'était une ville endormie qui n'était pas forcément hyperdynamique, surtout pour les jeunes, explique-t-il. Et petit à petit, on voit que ça se dynamise, que ça se 'jeunifie' et c'est top. Il n'y a qu'à regarder autour de nous, il y a beaucoup de jeunes, un peu dans notre cas finalement, qui sortent à Bourges, qui font des activités, qui participent à des associations culturelles, sportives, etc. Et c'est top parce que c'est une ville qui était effectivement endormie et qui se réveille bien."

Bourges se réveille grâce aux embauches massives dans le secteur de l'armement : il y a eu 500 recrutements depuis le début de la guerre en Ukraine chez les deux géants du secteur, MBDA et KNDS. Et, d'après les informations de franceinfo, le fabricant de missiles et le canonnier devraient embaucher 2 500 personnes de plus dans les cinq prochaines années.

Des retombées positives et concrètes pour la ville de Bourges

Les sous-traitants de MBDA et de KNDS embauchent, eux aussi, massivement. Et les entreprises du BTP se frottent les mains : en périphérie de la ville, les sites de production d'armement s'agrandissent. Dans le centre-ville, quelques commerces rouvrent, petit à petit, comme une chocolaterie, un bar à cocktail, un traiteur. Enfin, le secteur de l'immobilier est également en pleine croissance. "On ne se plaint pas, assure Louis Roussel, gérant d'une agence de location. On se plaint quand il n'y a pas assez de travail, on va se plaindre quand il y a trop."

Il est un peu débordé par l'afflux de nouveaux clients : "C'est sûr, on a une demande qui est beaucoup plus importante que l'offre qu'on peut proposer aujourd'hui. Quelques années en arrière, il y a quatre ou cinq ans, on avait quand même suffisamment de quoi répondre et aujourd'hui, ce n'est plus le cas du tout." Et cela devrait encore se tendre dans le secteur de l'immobilier, puisque pour la première fois en 40 ans, la courbe de la démographie s'inverse. Bourges gagne de nouveau des habitants, environ 600 l'année dernière. 

Le maire divers gauche de la ville n'avait pas anticipé une telle croissance exponentielle. "Même moi, en tant que maire de Bourges, parfois, je me dis mais ce n’est pas possible, ça va tellement vite cette accélération de l'industrie de la défense", souligne Yann Galut.

"Là, aujourd'hui, on est dans le travail de recensement, de l'adaptation de la ville."

Yann Galut, maire divers gauche de Bourges

à franceinfo

Comment accueillir au mieux tous ces nouveaux arrivants ? C'est le problème que l'édile tente de résoudre. "On a mis en place, au niveau de l'agglomération et de la ville, un service d'accompagnement qui s'appelle 'Bourges, vie nouvelle'. Et nous sommes extrêmement sollicités dans ce service par les industries de la défense qui ont besoin d'accompagner les familles qui arrivent pour trouver un logement, pour trouver un médecin, etc, explique Yann Galut. Moi, par exemple, j'ai écrit à MBDA et j'ai écrit à KNDS il y a quelques jours en tant que maire de Bourges, pour leur demander 'combien, d'après vous, vous allez avoir besoin de places en crèches, combien, d'après vous, vous allez avoir besoin de places d'école ?'"

Une ville qui est, par ailleurs, déjà confrontée à un autre défi de taille : l'accueil de centaines de milliers de touristes en 2028, année où Bourges deviendra capitale européenne de la Culture.