LFI : Mélenchon accuse la Grande Synagogue de Lille d’avoir organisé une «réunion politique», l’organisateur dément

Poussée de tensions entre LFI et les représentants de la communauté juive de Lille. À un mois et demi de municipales dans la capitale des Flandres, le mouvement insoumis, dont la campagne portée par Lahouaria Addouche peine à décoller selon de récents sondages, fait feu de tout bois pour tenter de se relancer. En témoigne la mise en cause de la Grande Synagogue de Lille par les trois députés LFI du Nord - Ugo Bernalicis, David Guiraud et Aurélien Le Coq - , qui l’accusent d’avoir accueilli, fin janvier, une «réunion politique d’extrême droite». Les faits remontent à la semaine dernière, lorsque l’essayiste Éric Naulleau a été invité dans le lieu de culte juif afin de présenter son dernier livre La République, c’est lui! (Fayard, 2025), un pamphlet très critique à l’égard de Jean-Luc Mélenchon.

Outre la présence de l’ancien chroniqueur d’On n’est pas couché, émission qui a fait pendant vingt ans les beaux jours de France 2 le samedi soir, les élus LFI appuient leur démarche sur la venue à cette conférence du candidat du Rassemblement national (RN) à Lille, l’eurodéputé Matthieu Valet - une assistance dont l’intéressé s’était fait l’écho sur X. De cette rencontre avec l’essayiste, les Insoumis disent voir une «réunion publique de campagne du RN», ce qui les a conduits à saisir le procureur de la République «afin d’engager les poursuites qui s’imposent», au titre d’un possible non-respect de la loi de 1905 sur la laïcité, laquelle «interdit formellement l’organisation de réunions politiques dans les lieux de culte».

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Autant d’allégations réfutées par les protagonistes, et particulièrement l’organisateur de la conférence. Ce n’était «pas du tout» une réunion politique, a assuré à l’AFP Guy Bensoussan, président de la Communauté juive de Lille. Et pour cause : Éric Naulleau «n’a pas parlé des municipales (...) il a parlé de son livre», tandis que la Grande Synagogue de Lille «n’est pas qu’un lieu de culte, c’est aussi un lieu culturel qui accueille régulièrement des conférences, que cela plaise à Monsieur Mélenchon ou pas», a-t-il taclé. Une polémique également balayée par Matthieu Valet, qualifiant les mises en causes insoumises de «lunaires» et d’«esbroufe politique». «Il n’y a pas eu de prise de parole de candidats aux municipales (...), je n’ai dit aucun mot», a-t-il fait savoir.

Tout en partageant cette version, Guy Bensoussan regrette néanmoins que l’ancien commissaire de police ait communiqué sur sa présence à cette conférence, assurant qu’il ne l’aurait «pas laissé entrer» s’il avait eu vent de sa venue. Une position qu’il justifie par une règle constante, consistant à refuser aux représentants du RN comme de LFI l’accès à ses conférences, en raison de leur caractère jugé «extrémiste».

«Prendre tout le monde pour des imbéciles»

Il n’en fallait pas davantage pour provoquer la colère de Jean-Luc Mélenchon, qui s’est fendu ce mercredi d’un tweet cinglant. «Donc Éric Naulleau pour présenter un livre contre moi, en compagnie d’un député RN qui diffuse une vidéo pour se vanter de la réunion, ce n’est pas politique ? (...) Qu’il (le président de la communauté juive de Lille) a pour règle que les membres du RN ou LFI n’aient pas le droit d’entrer à la synagogue “parce que ce sont des partis extrémistes”. Preuve qu’il ne fait pas de politique n’est-ce pas...», a-t-il tempêté sur X. Et ce, avant de prendre à partie Guy Bensoussan, l’accusant de «prendre tout le monde pour des imbéciles pour échapper aux rigueurs de la loi qui interdit les réunions politiques dans les lieux de culte».

«Interdiction réservée aux chrétiens, aux musulmans, aux bouddhistes ? Pourquoi peut-il se moquer de la loi ? Parce qu’il sait : le préfet du Nord s’en fiche. Le procureur aussi. Les députés LFI du Nord ont fait un signalement. Pas la mairie PS de Lille. Pas le RN», a insisté le triple candidat à l’Élysée. «Telle est la laïcité à géométrie variable pour eux», conclut-il, sans désigner explicitement les personnes visées. Alors que Jean-Luc Mélenchon cherche d’ici à la présidentielle à lisser son image - écornée par sa radicalité sur Gaza et certaines outrances verbales -, cet épisode n’est pas de nature à atténuer les critiques d’antisémitisme visant régulièrement son mouvement.