Rose est cette autrice, compositrice et interprète, qui nous a imposé sa liste en 2006 et qui a su nous présenter grâce à son titre Ciao Bella, son grand-père italien qui a quitté son pays natal pour devenir tailleur à Nice. La musique a toujours fait partie d'elle et son prénom est d'ailleurs un clin d'œil à Janis Joplin et au film The Rose de Mark Rydell. Cependant, derrière ses chansons et son sourire fort et déterminé se cache une artiste devenue femme qui a su combattre ses addictions et ses failles, qu'elle nous a racontées dans le livre et album Kérosène, en 2019. Depuis le mois d'octobre 2025, elle est de retour avec un livre, un spectacle et un album intitulé Rose Movie, soit 13 chansons qu'elle va interpréter sur scène et un ouvrage qui raconte sa manière de voir la vie aujourd'hui.
franceinfo : L'essence de votre écriture semble contenir, encore une fois, un besoin de sincérité et de justesse ?
Rose : Oui, en fait, c'est un souci d'honnêteté constant qui parfois me coûte cher. J'ai l'impression qu'il faut que je dise exactement ce que je suis et ce que je vis au moment où je le suis, au moment où je le vis. Qu'importe si demain, je suis quelqu'un d'autre, il va falloir que je le redise encore.
Est-ce la force de l'écriture ?
Oui, le fameux moment présent, c'est-à-dire qu'on ne peut pas tricher. Quand j'écris aujourd'hui, ou quand je parle, je suis exactement celle que je suis maintenant et c'est un bonheur.
Vous avez vécu cette annonce d'un cancer du sein en 2021 et vous vous êtes rendue seule à divers rendez-vous. Il y a une dualité chez vous, parce que dans l'écriture, on vous sent fragile et en même temps, dans la vie, vous avez toujours affronté les choses d'un coup de tête.
Il y a aussi de l'inconscience. Je me rends compte que j'ai eu plus peur des choses administratives et de la charge mentale avec ce cancer, que du cancer lui-même. Peut-être que c'est ça aussi qui fait ma force, c'est-à-dire que j'y vais tête baissée parce que je n'ai pas peur. En revanche, j'ai du mal à faire des choses que les gens normaux, entre guillemets, arrivent à faire.
Donc, maintenant, vous avez cette envie d'être heureuse, mais que signifie le fait d'être heureuse pour vous ?
C'est ne pas souffrir, pour moi. C'est très bouddhiste comme conception, mais l'absence de souffrance pour moi, c'est le bonheur. Quand on a vraiment beaucoup souffert comme j'ai souffert et pas à cause du cancer ou des addictions, mais avec la santé mentale d'avoir envie de mourir. Cette envie de mourir que j'avais s'est transformée en envie de vivre. Maintenant, ça peut être très difficile et on peut être en joie à l'intérieur en traversant des moments difficiles, je pense que c'est possible.
On sent que vous avez posé les armes.
Complètement, mais parce que je sais que ça ne sert à rien, c'est vraiment par lâcheté aussi. J'en ai marre de me battre, c'est très fatigant. On s'épuise contre des événements, des choses contre lesquelles on ne peut rien. Mon fils, il est aussi présent là-dedans, parce que le mot flemme, je l'utilise tout le temps. Quand je vois la fin de l'histoire, je vois pourquoi je suis en train de m'inquiéter et pourquoi je suis en train de lutter. Donc je me dis "Flemme, arrête de ruminer quoi."
Dans cet album, vous avez écrit une nouvelle liste. Cette fois, elle n'est pas adressée à quelqu'un d'autre, vous vous êtes adressée à vous-même. Ce qui a changé, c'est le fait de vous dire, que vous alliez enfin vivre pour vous.
Ça a l'air égoïste comme ça, mais c'est aussi le fait d'être bien avec soi pour pouvoir être bien avec les autres. C'est ça le principe, parce que vivre en ermite, moi, je peux y arriver. C'est vrai qu'on est en colère contre personne quand on est tout seul. J'ai du mal à vivre avec les autres, j'ai du mal à accepter les autres, c'est ça ma plus grande difficulté aujourd'hui.
Vous êtes une survivante. La dernière fois qu'on s'est vus en sortant de l'interview, vous m'avez dit que certains dealers arrivaient encore à vous contacter pour vous proposer certaines substances. C'est très difficile de sortir de ça, où en êtes-vous aujourd'hui ?
J'ai compris en tout cas que c'était jalonné de rechutes.
"J'ai arrêté de penser que c’étaient des échecs, ça, c'est sûr, mais c'est de plus en plus facile, plus on s'éloigne de la dernière consommation."
Roseà franceinfo
Pour moi, c'est tellement loin qu'aujourd'hui, quand l'envie me vient, j'ai un panel d'autres solutions immédiates qui arrivent. Surtout, il y a ce mot flemme, je vois la fin de l'histoire, je ne veux pas être à demain en train de consommer, en train d'avoir envie de mourir. Par contre j'ai encore des textos de dealers, c'est un truc de fou, ils se refilent les numéros. Mais pour moi, on est tout autant harcelé par les scrolls et les vidéos et l'addiction est partout. C'est pour ça que ça me passionne, ce vide, il est en nous et on a tous besoin de l'anesthésier, on est tous addicts.