«J’ignorais que la cocaïne restait aussi longtemps» : sursis pour un chauffeur de bus scolaire contrôlé positif près de Nice
L’homme de 42 ans, chauffeur de bus auprès de la Régie Ligne d’Azur depuis février, avait consommé de la cocaïne au Nouvel an, avant de prendre le volant cinq jours plus tard sur des routes de montagne, avec à son bord 34 mineurs.
Passer la publicité Passer la publicitéCe sont les effectifs de la gendarmerie de Saint-Sauveur-sur-Tinée qui, lundi matin, ont décidé de mener des opérations de contrôle aléatoires, sur le parking de la colline à Valdeblore, dans les Alpes-Maritimes, aux alentours de 8 h 35. Et il était presque 15 heures ce mardi quand a débuté l’audience d’un chauffeur de bus, contrôlé positif à la cocaïne alors qu’il transportait plusieurs dizaines d’élèves. La quarantaine, d’origine tunisienne, portant un jean gris sous un pull du même ton, l’homme semble avoir pris conscience de la «gravité de ses actes» au fur et à mesure de sa comparution immédiate.
Oui, il reconnaît avoir «consommé le soir du Nouvel an» de la cocaïne, «par erreur», assure-t-il et alors qu’il pensait «que les effets, comme ceux de l’alcool, se dissiperaient en quelques heures». Mais cinq jours plus tard, les tests salivaires et sanguins l’attestent «positif» aux substances cocaïniques. Lui-même étant père de trois enfants, il n’était pas conscient «du mal qu’il aurait pu faire». «Vous faites un métier qui ne permet jamais d’en oublier les responsabilités. Vous deviez être irréprochable et vous ne l’avez pas été», tance le président du tribunal. «Je le sais», assume le prévenu, «et depuis, j’ai perdu mon permis, j’ai perdu mon travail...» «On ne va pas vous féliciter, non plus !», coupe court la robe noire.
Passer la publicitéUne consommation «très très occasionnelle»
Et de rappeler que cette consommation intervient en état de récidive légale ; en 2020 déjà, il avait été condamné à Nice pour des faits de violences avec menace d’une arme - sans usage - et conduite sous empire de l’état alcoolique, à deux ans d’emprisonnement avec sursis. Tour à tour videur d’une boîte de nuit, restaurateur, le quadragénaire était employé depuis février 2025 par Keolis, prestataire pour la Régie Lignes d’Azur, le réseau de transports de la métropole. Un premier contrôle deux semaines après son arrivée se passe sans problème, puis un second «il y a un mois et demi» assure le prévenu qui «ne transporte pas toujours des scolaires». Sa consommation de cocaïne, qu’il qualifie de «très, très occasionnelle» et se résumerait à quatre prises dans sa vie - «vraiment, vous êtes un malchanceux», grince encore le président des débats - serait corrélée à son divorce.
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«Je tiens tout de même à rappeler que la consommation de cocaïne, ou de tout autre stupéfiant, est illégale et n’est pas normale», fait plusieurs fois remarquer le président, les sourcils levés, «car j’ai tout de même l’impression que vous le découvrez à cette audience !», ajoute-t-il, à demi interloqué. Penaud, le prévenu se rassied. Titulaire du permis B depuis 2005, il n’a jamais eu d’accident, «à part des petits accrochages de rétros, tout ce qu’il y a de plus normal». Lundi 5 janvier donc, l’homme prend le volant avec, à bord du car scolaire, 34 mineurs, dont la fille de Sébastien, âgée de 16 ans. «À 9 heures, je reçois un coup de fil. Elle me dit que le bus a été arrêté car le chauffeur a été contrôlé positif aux stupéfiants. On a évité un drame», estime celui qui a donc décidé de porter plainte contre la Régie Ligne d’Azur.
«Une fois, c’est une fois de trop»
À la barre, il fait état de sa démarche «pour la sécurité de nos enfants» : «Je ne trouve pas ça normal, vous n’auriez jamais dû conduire ce bus», s’adresse-t-il d’abord au prévenu. «Ensuite, je veux dire que la société de transport ne fait pas ce qu’il faut. Il n’y a pas assez de contrôles réguliers, inopinés pour les stupéfiants. Une fois, c’est une fois de trop. Avec ce métier, vous auriez dû savoir qu’on n’a pas le droit à une fois. Et moi, je dois pouvoir faire confiance à des gens que je paye, pour pouvoir transporter mes enfants en toute sécurité». «Surtout sur des routes de montagne», ajoute la procureur de la République, qui souhaite retenir le chef de mise en danger de la vie d’autrui. Elle pointe un comportement «dangereux et irresponsable». «Malheureusement, en 2026, il est encore possible d’oser conduire un bus de 34 mineurs alors qu’on sait qu’on consomme occasionnellement de la cocaïne », déplore-t-elle, insistant sur le fait que la prise de «drogue dure, ce n’est pas un joint» et que des «conséquences dramatiques auraient pu en découler».
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La défense, pour sa part, conteste seulement le dernier chef, le risque n’étant «absolument pas certain», arguant que la mise en danger doit être «délibérée, intentionnelle» et que le désormais ancien chauffeur n’a pas eu de «volonté manifeste d’exposer autrui à un danger de mort ou d’infirmité permanente». Arguments entendus par le tribunal qui prononce la relaxe mais condamne le quadragénaire à 15 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans. S’ajoutent des obligations de soins et de travail, ainsi qu’une annulation de ses permis de conduire, qu’il ne pourra pas repasser avant huit mois. L’homme a également interdiction d’exercer en tant que chauffeur de bus scolaire pendant deux ans. «Je m’excuse auprès de tout le monde», réitère-t-il une dernière fois en quittant la salle.