La pluie et le soleil se mélangent. Pourtant, aucun signe d’un arc-en-ciel en Alsace. Les averses footballistiques jouent avec l’humeur des supporters du Racing, qui viennent de voir leur entraîneur plier bagage. Strasbourg est 7e de Ligue 1 à la mi-saison, a terminé en tête de premier tour de la Ligue Conférence (6 victoires, un nul) et demeure en lice en Coupe de France. Mais Liam Rosenior a été dépêché sur une nouvelle mission, que cela plaise ou non.
Le coach anglais de 41 ans, qui avait convaincu pour sa première saison en Alsace, est en passe de prendre la relève d’Enzo Maresca à Chelsea. Et ce avec le sentiment que Strasbourg n’a rien fait pour le garder. Ou plutôt, ne pouvait rien faire. Ce type de mutation était prévisible, pour ne pas dire inéluctable, depuis le rachat du club en juin 2023 par BlueCo, qui avait acquis Chelsea un an plus tôt.
Passer la publicitéPour un Strasbourgeois, partir à Chelsea est une promotion
Le consortium américain conforte ainsi ses détracteurs dans l’idée suivante : Strasbourg n’est que la succursale, voire la marionnette de Chelsea. Cette multipropriété permet aux Blues de «faire des paris sur de jeunes joueurs avant qu’ils ne coûtent trop cher», nous expliquait l’été dernier Vincent Chaudel, économiste du sport et fondateur de l’Observatoire du sport business.
Lors du dernier mercato estival, trois Londoniens ont été prêtés au Racing, et trois autres y ont été transférés. Dont l’ex-international anglais Ben Chilwell, libéré de son contrat chez les Blues le 31 août pour rallier l’Alsace. Sous l’impulsion de BlueCo, Strasbourg a bâti une des plus jeunes équipes d’Europe (22,6 ans de moyenne). En sachant que, pour les meilleurs éléments, une promotion à Chelsea était probable. Ainsi, en septembre dernier, le départ du capitaine strasbourgeois Emmanuel Emegha pour Londres a été officialisé... pour l’été 2026.
Pour lui, comme pour Rosenior, difficile d’émettre des reproches. Leur employeur n’a jamais été Strasbourg, mais bien BlueCo. Partir en Premier League, c’est la perspective d’un salaire décuplé, d’une aventure unique dans le plus prestigieux des championnats de football et aussi un retour à la maison pour l’entraîneur, né dans la capitale anglaise. Marc Keller, président historique du Racing, qu’il a vendu à BlueCo en connaissance de cause, doit désormais trouver un coach en cours de saison, alors que tout allait bien, que le projet de jeu tenait la route. Il ne s’agit pas de tout recommencer à zéro, mais pas loin.
Chelsea est une marque mondiale et le RCSA est un club important en France. L’idée n’est pas de délaisser un club pour un autre.
Marc Keller, président de Strasbourg, au Figaro en octobre 2025
«On a dit qu’on était le club nourricier. Ce n’est pas le bon terme», défendait Keller dans nos colonnes il y a deux mois, préférant parler de «clubs frères». «On essaie de s’entraider dans la même famille», soulignait-il, rappelant que voir certains de ces joueurs prometteurs (Emegha, Barco, Amougou...) dans le Bas-Rhin serait «impossible» sans être «adossé à une puissance financière». «L’idée n’est pas de délaisser un club pour un autre», jurait le dirigeant de 57 ans, arguant que «Chelsea est une marque mondiale et le RCSA est un club important en France». Sous-entendu : Strasbourg peut viser haut, mais jamais plus haut que son «grand frère».
Le discours global prendra du plomb dans l’aile si le successeur de Rosenior ne maintient pas la belle dynamique, et la grogne des supporters, déjà visible par des banderoles hostiles et des grèves de chants en début de saison, s’accentuera. Les investissements massifs, sur le mercato ou dans les infrastructures, et les efforts de Keller pour entretenir l’identité alsacienne suffisent-ils à maintenir une indépendance ? Le terrain va vite reprendre le dessus. Le prochain entraîneur du Racing débutera par un déplacement piégeux à Avranches (National), en 16es de finale de Coupe de France samedi. Une sortie de route face à un club de troisième division ferait tache. Même si ce n’est pas le problème de Chelsea.