L’image est celle des premières minutes de la nouvelle vie de Nicolas Maduro. En sweat-shirt gris, les yeux masqués et les oreilles couvertes d’un casque, l’ancien tout-puissant président vénézuélien brandit ses mains menottées de prisonnier. « Nicolas Maduro à bord de l’USS Iwo Jima », légende Donald Trump, qui a dévoilé lui-même cette stupéfiante photo comme un trophée. Plus tard, des vidéos officielles vont montrer Nicolas Maduro, 63 ans, entrant dans un tribunal de Manhattan entouré d’agents dans les locaux de la Drug Enforcement Administration (DEA), l’agence fédérale antidrogue, comme pour donner une allure légale à l’opération. Le message est simple : l’homme n’est qu’un baron de la drogue poursuivi pour narcoterrorisme et complot visant à exporter de la cocaïne aux États-Unis. L’effort ne dissipe toutefois pas les doutes sur la légalité de cet enlèvement ni sur les difficultés qui attendent les procureurs américains.
Le déroulé des mois qui viennent est certes déjà écrit. Lundi, l’ex-président devrait être présenté devant un tribunal fédéral, où il plaidera très certainement non coupable. Il devrait ensuite être placé en détention provisoire en attendant un procès qui s’annonce incertain. La légalité de l’arrestation est, en elle-même, parfois mise en doute. Si personne ne pleure sur le sort d’un despote brutal, des experts estiment que l’ordre donné par Donald Trump a outrepassé ses attributions constitutionnelles et qu’il aurait dû en référer au Congrès. Au-delà, ils s’interrogent surtout sur la réalité et la solidité des preuves de l’implication de Maduro dans le narcotrafic.
Passer la publicitéSelon l’accusation, ce dernier aurait des liens avec des cartels colombiens et mexicains. Or, comme le souligne la DEA, le Venezuela n’est qu’un petit producteur de cocaïne et un pays de transit secondaire, alors que les réseaux passent bien plus par le Pacifique que par les Caraïbes. Les spécialistes insistent toutefois sur la réalité des narcodollars au Venezuela, notamment dans la haute hiérarchie militaire, dont deux hauts gradés sont aussi inculpés, tout comme Cilia Flores.
La femme de Maduro figure majeure de la corruption et du blanchiment
Arrêtée au saut du lit avec son époux, l’ancienne première dame sera elle aussi devant la cour. Si aucune photo d’elle n’a été diffusée, elle n’a rien d’une femme effacée. Elle-même se voit comme une « combattante » et, pour les autres, elle est une figure majeure de la corruption et du blanchiment au sein du régime. À 69 ans, celle que tous redoutaient passe, avec son esprit particulièrement tranchant, pour la dirigeante de l’ombre, le pilier d’un système qu’elle a contribué à bâtir.
Jeune avocate en 1992, elle fait partie de l’équipe de défense de Hugo Chavez, le futur leader de la « révolution bolivarienne », alors jugé pour tentative de coup d’État. Cilia fréquente déjà Nicolas, un ancien chauffeur de bus devenu une figure montante du syndicalisme. Fils d’une famille modeste de militants politiques, engagé très jeune dans la Ligue socialiste, cet enfant de Caracas présente un CV idéal pour l’époque. Elle l’introduit dans le premier cercle du « commandante », qu’il va régulièrement aller voir derrière les barreaux. En 1999, quand Chavez prend le pouvoir, sa fidélité est récompensée par un siège à l’Assemblée nationale. Maduro, personnage un peu falot et sans grand charisme, n’apparaît pour autant pas comme un ténor dans le chatoyant monde politique vénézuélien. Il travaille dans l’ombre et compte ses atouts. Le premier est Cuba.
Maduro a des liens avec la famille Castro. Si aucune de ses biographies autorisées ne le mentionne, Nicolas Maduro aurait, jeune homme, profité de formations dans l’île communiste. Il a très vite su faire profiter Hugo Chavez de cette proximité et se faire passerelle entre les pouvoirs « frères », étendards d’un anti-impérialisme bavard. Est-ce cela qui lui vaut d’être désigné, à la surprise générale, ministre des Affaires étrangères en 2006 ? Il va en profiter pour renforcer son entente avec La Havane, mais aussi se créer des amis à Moscou et dans des capitales sud-américaines. Pour autant, s’il devient un homme clé du pouvoir, personne ne le perçoit comme un successeur potentiel.
Répression sanglante et chasse aux opposants
Quand, fin 2012, le cancer ronge de manière de plus en plus évidente Hugo Chavez, la guerre de succession semble se jouer sans Maduro, totalement sous-estimé. Il en fera sa force et il sera peut-être le seul à ne pas s’étonner quand, à l’agonie, Chavez l’adoube. Trois mois plus tard, à la mort du « presidente », il s’empare seul des rênes du pouvoir. « Je n’y pensais pas, mais Chavez m’avait préparé », dira-t-il, faussement modeste. Si cette révolution de palais a fonctionné auprès des courtisans, elle ne séduit que peu les Vénézuéliens. À la présidentielle d’avril 2013, il ne l’emporte que de 1,59 %. Le résultat est immédiatement contesté par le rival Henrique Capriles et, plus discrètement, par certains barons du chavisme.
Passer la publicitéLe pouvoir de Maduro va réagir par ce qui va devenir sa marque de fabrique : une extrême brutalité, une répression sanglante, des arrestations illégales et un harcèlement judiciaire des chefs de l’opposition. Lui affirme conduire « une révolution populaire et démocratique », même quand il contourne l’Assemblée élue en 2015, où l’opposition est majoritaire, et plonge toutes les campagnes dans la violence. Pour tenir, il purge son entourage et s’appuie de plus en plus sur l’allié cubain, qui lui délègue une garde rapprochée et des forces de répression.
En 2024, il s’affirme une fois de plus vainqueur d’une présidentielle largement considérée comme truquée. Même les présidents colombien et brésilien, pourtant proches, lui refusent leur soutien. Mais l’armée, qui a la mainmise sur une économie en ruine, lui reste fidèle.
Un destin à la Noriega ?
Si la situation s’est un rien améliorée depuis 2021, l’autrefois riche Venezuela est exsangue. Selon le FMI, l’économie n’est que 28 % de ce qu’elle était en 2013. Les ventes de pétrole, la richesse du pays, se sont effondrées. Plus de 8 millions de citoyens, dont l’immense majorité des cadres, médecins et ingénieurs, ont fui à l’étranger.
Nicolas Maduro ne s’en soucie pas et continue de plastronner. Pas un instant, sauf au dernier moment, il ne s’imagine le destin d’un Manuel Noriega. Le temps semblait lointain, où ce dictateur du Panama avait été arrêté dans une opération militaire américaine. En 1989, George H. Bush déclare paria cet ancien allié qui avait fait de sa capitale une plaque tournante du trafic de cocaïne. Capturé, il avait écopé de 40 années de prison avant de finir sa vie dans les geôles françaises puis panaméennes. Tout le contraire du parcours singulier de Juan Orlando Hernandez. L’ancien président du Honduras, extradé en 2022 vers les États-Unis, y avait été condamné à 45 ans en 2024 pour avoir, lui aussi, contribué à vendre, selon la justice américaine, des millions de dollars de drogue. Ce trafic-là n’a pas choqué Donald Trump, qui, début décembre, l’a gracié