Bogota (Colombie), envoyé spécial.
Les murs des rues et avenues de Bogota sont les pages bariolées d’un livre – férocement engagé – d’histoire contemporaine du pays. Ils racontent en graffiti, fresques ou affichages sauvages, ses héros et ses martyrs, ses victoires et ses défaites, souvent sanglantes mais toujours à charge de revanche, et qu’un pacte d’honneur interdit formellement d’oublier.
Dénonciation du paramilitarisme et de ses crimes, de la « narco-politique » qui a pendant longtemps éclaboussé une droite complice d’un système meurtrier quasi institutionnalisé, rappel du génocide subi par les militants de l’Union patriotique dans les années 1980, solidarité avec les syndicalistes et les signataires des accords de paix de 2016 assassinés, ou encore avec les millions de personnes déplacées, victimes directes d’un conflit « interne » qui malmène encore le pays…
Mais, ces jours-ci, ce sont d’autres combats qui poussent nombre de militants, « artivistes » en herbe ou street artistes confirmés, à s’exprimer à la bombe sur les murs du centre de la capitale. « Dehors les Yankees » ; « Amérique latine indépendante » ; « Liberté pour Maduro » ; « Vivent Chavez et Fidel » ; « Feu à l’impérialisme » ; « Colombie souveraine : Petro n’est pas seul » ; « Bolivar présent »… Et bien des noms d’oiseaux destinés au locataire de la Maison-Blanche.
« La chute de tous les empires »
Au croisement de la 13e rue et de l’axe piétonnier la 7e, une trentaine de personnes vêtues de noir s’attellent à la confection d’une gigantesque fresque qui réclame, en caractères de deux mètres de haut, « la chute de tous les empires ». « C’est une action anti-Yankees et anti-impérialiste, c’est important de le faire...