« Ingurgiter douze grosses seringues d’alcool » : à Lille, le bizutage au cœur du procès de la mort d’un étudiant pendant une soirée

Le bizutage se définit par « toute pratique dans le cadre scolaire visant à humilier ou à pousser à l’alcoolisation excessive ». Il s’agit d’une infraction, punie par la loi depuis 1998. Ce chef d’accusation va être au cœur du procès, qui s’est ouvert ce mardi 20 janvier, concernant la mort de Simon Guermonprez décédé après une soirée d’intégration alcoolisée. Cette affaire implique trois étudiants et l’université de Lille, citée à comparaître pour homicide involontaire.

Le 8 juillet 2021, l’étudiant admis en deuxième année de médecine à l’université de Lille participe à ce rite de passage, organisé par les troisièmes année. À l’issue, il est déposé en VTC au domicile de ses parents dans la métropole lilloise. Le jeune homme se serait ensuite rendu sur un pont autoroutier où il aurait pris un selfie, avant d’être mortellement percuté par un camion circulant en contrebas, possiblement en tentant de récupérer son téléphone tombé sur les voies, selon l’enquête.

Objectif de la soirée : « Ingurgiter douze grosses seringues d’alcool »

À l’ouverture du procès ce mardi, le chauffeur du poids lourd jugé pour homicide involontaire a été le premier appelé à la barre. L’homme de 50 ans a affirmé que le jeune homme se trouvait sur la bande d’arrêt d’urgence avant de se « jeter » sous son camion. « Je n’ai pas eu le temps de piler, il s’est jeté, je n’ai pas pu l’éviter, je suis désolé mais je n’ai rien pu faire », a-t-il déclaré.

Tous les regards sont tournés vers la responsabilité de l’université et des trois étudiants accusés de bizutage, dont l’un pour complicité. Le père de la victime, Daniel Guermonprez, s’est exprimé en ce sens avant l’ouverture du procès. Selon lui, l’un des objectifs imposés par les étudiants en charge de l’organisation de la soirée était « d’ingurgiter douze grosses seringues d’alcool. On comprend que, quand Simon est déposé devant la maison, il est complètement désorienté », ajoute-t-il, interrogé par l’AFP.

Il accuse particulièrement les responsables de l’université de Lille. « Ils ont fermé les yeux. Ils savent très bien qu’il y a des dangers dans ce type de soirée d’intégration », a-t-il affirmé en réclamant des « sanctions » afin que de tels faits « ne se reproduisent pas ».

Un rapport qui accable l’Université

Après ce tragique accident, un rapport de l’IGESR (Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche), commandé par le ministère de l’Enseignement supérieur et remis en 2022, accable la responsabilité de l’université de Lille en pointant « une passivité institutionnelle » concernant ces soirées d’intégration : celles-ci perdurent alors même qu’elles sont officiellement interdites depuis 2012 par la faculté de médecine. L’accueil des futurs étudiants en deuxième année de médecine à Lille par ceux de troisième année a « continué à avoir lieu au vu et au su de tous », révèle le document de 60 pages.

Surtout, les auteurs notent que l’accident de Simon « n’est pas un cas isolé dans le contexte des pratiques d’étudiantes d’intégration en faculté de médecine de Lille », en rappelant la mort de Jean-Baptiste Pignède en 2015 puis, en 2020 et 2021, les dépôts de plaintes pour deux viols et les cas de trois blessés graves au cours de ces soirées estudiantines lilloises.

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