Au terme de la phase aller, le Racing 92 est bien calé dans le peloton (7e, avec un seul point de retard sur le 4e), qui plus est avec 7 matchs à l’extérieur contre 6 en déplacement. Êtes-vous satisfait ?
Patrice Collazo : On n’est jamais satisfait. Ce qui importe, c’est de savoir pourquoi on n’est pas plus haut. On a perdu des matchs dans le money time à l’extérieur, voire dans l’extra-extra-extra money time. On sait exactement où on en est. On sait qu’on a quand même beaucoup d’axes encore où nous devons progresser.
Passer la publicitéPar exemple ?
La gestion des fins de match. Après, comptablement, le Top 14 n’a jamais été aussi dense. Il faut une série de 2-3 victoires pour pouvoir s’installer et avoir un peu de visibilité. Aujourd’hui, tout le monde se tient. Ça se joue aux bonus. Et on a mis du temps à se mettre à la page sur ces points-là. Sur nos deux dernières réceptions, on a enfin réussi à cocher la case bonus offensif.
Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps ?
Notre groupe a été énormément modifié à l’intersaison, avec une quinzaine de recrues et un gros turnover. On a encore besoin de vécu collectif. De faire monter le groupe en compétence aussi. Ça ne nous a pas empêchés de répondre présent, d’être compétitif. Y compris à l’extérieur…
Je ne suis pas un adepte d’une équipe à la maison et d’une équipe à l’extérieur. C’est mon opinion, chacun fait comme il veut. Mais je trouve que ça n’envoie pas un bon message.Vous êtes d’ailleurs l’un des rares entraîneurs du Top 14 à ne pas faire d’impasse sur les déplacements…
Passer la publicitéJe ne suis pas un adepte d’une équipe à la maison et d’une équipe à l’extérieur. C’est mon opinion, chacun fait comme il veut. Mais je trouve que ça n’envoie pas un bon message. Et puis, on s’enferme dans un truc. En Top 14, gagner à la maison devient de plus en plus difficile. Donc on s’expose à des déconvenues. Et si on n’a que cette corde-là, quand elle pète, le groupe peut ne pas comprendre et ne pas très bien réagir. Donc on fait ce choix de ne pas faire d’impasse. On ne voulait pas être dans cette politique de lâcher les matchs. En plus, on est obligés de gagner en compétences et en repères collectifs. Ce qui ne nous a pas empêchés, comme tout le monde, de prendre quelques gros scores à l’extérieur. Parce que ça peut aller très vite, il suffit d’un fait de jeu, de quelque chose de mal maîtrisé, pour que l’addition monte très vite. Mais ça, c’est le niveau d’exigence du Top 14.
Comment enchaîner ces trois victoires qui feraient basculer en haut du classement ?
D’abord, nous sommes l’une des rares équipes à ne pas avoir encore reçu deux fois d’affilée. Et puis février-mars peuvent être intéressants avec les doublons. On ne sera quasiment pas impacté : un joueur, deux peut-être. Cette période est souvent charnière. On va voir si on arrive à se positionner sur ces deux mois. On souhaite basculer du bon côté, ça, c’est une évidence. Après, on aura ce qu’on mérite, ce que les joueurs ont envie d’aller chercher. Mais je trouve qu’en termes de mentalité, d’engagement, on n’est pas trop mal… Bon, après, c’est la base du rugby hein (sourire). Maintenant, il faut qu’on arrive à y greffer de la constance sur la stratégie, à parvenir à maîtriser un match de A à Z, ne plus relâcher l’étreinte dans le money time…
Que pensez-vous de l’UBB, votre adversaire ce samedi soir ?
Ils ont le même nombre de victoires que nous (7) et une défaite de plus (6 contre 5 et un nul) mais avec les bonus… On sait où on met les pieds : chez une équipe championne d’Europe avec très peu de mouvement dans son effectif. L’UBB, c’est un style de jeu marqué sur la transition, le jeu dans la verticalité, dans la profondeur. Des facteurs X aux postes 9 et 10, en plus des ailiers…
Si on fait un plan anti-Jalibert, pourquoi on ne ferait pas un plan anti-Lucu ? Un plan anti-Bielle-Biarrey ? Un plan anti-Penaud ? Ça fait beaucoup de plans... Passer la publicitéLhomme en forme de l’UBB, c’est Matthieu Jalibert. Il déclenche beaucoup d’actions positives pour son équipe. Avez-vous prévu un plan pour l’en empêcher ?
On peut faire un plan anti-Jalibert. Mais si on fait un plan anti-Jalibert, pourquoi on ne ferait pas un plan anti-Lucu ? Un plan anti-Bielle-Biarrey ? Un plan anti-Penaud ? Ça fait beaucoup de plans (il rit). On fonctionne plutôt avec une thématique sur la semaine. Comment aborder le match, sous quel angle, avec quelle mentalité, sur quel truc mettre le focus ? Quand vous jouez des équipes de ce niveau-là, le danger vient de partout. Car on parle beaucoup de leurs trois-quarts, mais, à domicile, ils sont capables de se retrouver sur du jeu d’avant. Ce qui est certain en revanche, c’est que si le match tombe dans un rugby un peu chaos, ça peut vite tourner à leur avantage…
Pour sa première apparition la semaine dernière contre Montauban, le pilier australien Taniela Tupou a réussi des débuts fracassants , avec deux essais inscrits en une mi-temps. Quel peut-être son apport pour votre équipe ?
Vous êtes généreux. Il n’a pas fait une mi-temps mais une vingtaine de minutes. J’ai dû le ressortir parce qu’il avait mal au dos… C’était tout nouveau pour lui, c’était la première fois qu’il jouait sur une pelouse synthétique, dans un stade fermé. Il prend ses marques, je rappelle qu’il n’a que deux semaines complètes d’entraînement avec nous. L’avantage, c’est qu’il sent le jeu, qu’il aime le jeu. Il a un Q.I. rugby très développé. Après, comme chaque joueur qui vient de l’hémisphère sud, il y a une période d’adaptation. Là, depuis le début de la semaine, il a bien compris. Au niveau de la météo, il est servi. Il n’a pas dû souvent s’entraîner en survêt et bonnet en Australie (rires). Il est en période d’observation et nous le mettons dans les meilleures conditions. Il faudra l’emmener doucement sur des trucs bien précis, ciblés, et ne pas le jeter comme ça. Parce que le Top 14, c’est quelque chose qu’il ne connaît pas et, très vite, il peut ne pas être à l’aise. Et nous, ce qu’on veut, avec le staff, c’est qu’il soit à l’aise quand il joue.
Est-ce que vous avez demandé à vos joueurs de rester sage pour le réveillon du Nouvel An ?
Je sais que, même sur des semaines normales, où il n’y a pas les fêtes, il y en a certains qui ne mangent pas que de la salade (il rit). Rien de nouveau sous le soleil…
Propos recueillis en conférence de presse