Municipales : à Vence, la découverte archéologique d’une cathédrale du Ve siècle s’immisce dans la campagne
Après la découverte exceptionnelle d’un baptistère paléochrétien, le projet de halles de cette ville des Alpes-Maritimes a dû être revu mais il est contesté par les opposants du maire sortant. La ministre de la Culture, Rachida Dati, a été saisie.
Passer la publicité Passer la publicitéC’est un projet qui aurait dû être livré avant la fin de la mandature mais qui prend finalement toute sa place dans la campagne des municipales à Vence (Alpes-Maritimes), commune de près de 20.000 habitants près de Nice. Après le rachat de l’ancien hôtel de ville désaffecté, le maire Régis Lebigre (divers droite) souhaitait y aménager des halles pour redynamiser le centre historique. Mais voilà que l’été dernier, lors de fouilles préalables à cette réhabilitation, des archéologues ont mis au jour une cathédrale paléochrétienne du Ve siècle, dont un baptistère dans un état remarquable.
Ces découvertes sont jugées exceptionnelles par les experts et contraignent l’édile à revoir sa copie à quelques mois des élections. Le débat s’ouvre : ses opposants le somment de renoncer à ces halles face à la trouvaille archéologique, en vain. «Ce n’est pas un caprice du maire», se défend Régis Lebigre auprès du Figaro. «Tout cela est très complémentaire. Je crois beaucoup à cette mixité d’usage, cela va créer une convivialité générale entre un musée archéologique et des commerces.»
Passer la publicitéEn lien avec la découverte de cette cathédrale paléochrétienne, le maire a décidé «en concertation», martèle-t-il, de réduire la voilure commerciale. Exit d’abord l’école de cuisine. Les deux tiers de l’espace seront ainsi consacrés à un musée autour des fouilles, explique-t-il, et une boucherie, une poissonnerie et un caviste s’installeront à quelques pas avec des commerçants de fruits et légumes. «Si vous allez au musée, vous n’allez pas ensuite acheter une dorade ou une côte de bœuf !», s’emporte Patrick Scalzo, élu d’opposition et candidat sans étiquette à la mairie. «Le maire se borne au projet initial alors qu’il n’a plus de sens, c’est de l’entêtement», poursuit celui qui prône plutôt l’installation de l’office de tourisme, jouxtant alors les vestiges découverts pour créer un parcours touristique.
La ministre saisie
L’ensemble s’étend sur une trentaine de mètres avec autant de sépultures d’évêques et de notables, preuve encore de la richesse des lieux. Pour Anne Sattonnet, candidate LR à la mairie de Vence et vice-présidente du conseil départemental, cette prodigieuse découverte permettrait plutôt «d’aérer l’espace public et de mettre en valeur le bâtiment classique de l’ancienne mairie». «Le maire s’obstine, on a l’occasion d’aérer l’espace et de développer l’attractivité économique à travers ces fouilles», soutient-elle.
L’élue départementale a ainsi été jusqu’à saisir la ministre de la Culture Rachida Dati, lui demandant par courrier «d’imposer l’arrêt des travaux d’aménagement de halles commerciales» sur ce site, développant ensuite ses arguments. «Ces révélations imposent de repenser totalement l’usage des lieux, il y a là une opportunité majeure de faire connaître une part méconnue de l’histoire de notre pays», insiste-t-elle.
En réponse, la ministre a expliqué qu’une «concertation est d’ores et déjà engagée entre les services de Drac (direction régionale des affaires culturelles, NDLR) et la ville de Vence afin de concilier au mieux la réalisation de l’aménagement prévu et la conservation du site archéologique». «Cette concertation se déroule dans de bonnes conditions et devrait permettre l’aboutissement du projet porté par la commune, ce dont je me réjouis», écrit Rachida Dati.
Cette concertation devrait permettre l’aboutissement du projet
Rachida Dati, ministre de la Culture
Des mots qui semblent donc conforter le projet du maire sortant. «Ce courrier n’est en rien un blanc-seing pour la construction immédiate des halles», soutient Anne Sattonnet. «Tout cela est parfaitement conciliable, ce n’est pas que mon point de vue, il est conforté par l’ensemble du comité scientifique», avance de son côté l’édile. Cette réhabilitation serait chiffrée autour de 3 millions d’euros mais plus de la moitié devrait être financé par des subventions, assure encore Régis Lebigre.
Passer la publicitéL’avenir de ce projet devrait d’abord se jouer dans les urnes en mars. Quant aux vestiges, la ministre a indiqué qu’une procédure en vue d’une protection au titre des monuments historiques doit prochainement être lancée.