Dans la nuit du 7 au 8 janvier 1916, les dernières troupes franco-britanniques qui avaient débarqué sur la péninsule ottomane de Gallipoli, huit mois plus tôt, évacuent leurs positions pour gagner Salonique, en Grèce, et participer au front d’Orient. Le général allemand von Sanders, qui dirige alors l’armée turque, écrira plus tard : « La retraite (des Alliés) avait été préparée avec un soin extraordinaire et très habilement exécutée. » C’est en effet leur seul succès dans cette lamentable expédition imaginée à la fin de l’année 1914 par le premier lord de l’amirauté, un certain Winston Churchill, et que l’on appellera la bataille des Dardanelles.
En décembre 1914, après quatre mois de guerre, le front ouest, en France, est stabilisé. La guerre de tranchées a commencé. Habitués aux expéditions coloniales plus « glorieuses », Paris et Londres, surtout, cherchèrent à retrouver l’élan de leurs campagnes d’outre-mer. « Au début de 1915, explique l’historien Marc Ferro, le rapport du colonel Hankey établit que, pendant de longues années, les fronts ne bougeraient plus. Kitchener (secrétaire d’État britannique à la Guerre) opina : cette guerre n’était pas la sienne. Il entendait ressusciter celle à laquelle il était habitué. Ainsi naquit l’idée d’une expédition de type colonial, une attaque “aux flancs” de l’adversaire. »
Les états-majors n’étaient cependant pas très chauds. Ils craignaient que l’on prélève des troupes en France alors que les pertes étaient déjà considérables. On décida donc que l’opération serait confiée aux forces navales et que l’on enrôlerait...