Après la signature vendredi du traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur, qui n'a pas été voté par la France, la colère des agriculteurs français ne retombe pas. Plusieurs actions sont menées dans tout le pays, dont une tentative de blocage du port du Havre, dimanche 11 janvier. Les manifestants veulent tenter de bloquer les camions qui sortent du port pour vérifier les marchandises. Ils se sont installés sur un rond-point, passage quasi-obligé pour les camions qui viennent charger sur le port des marchandises importées avant de prendre la route pour ravitailler toute la France.
Le port du Havre est un symbole pour Quentin, bonnet vissé sur la tête et bien décidé à rester au moins jusqu'à lundi matin. "C'est même le premier port de France", souligne-t-il, et qui va être "le port le plus concerné" par le traité avec le Mercosur, qui va permettre d'importer plus facilement des produits d'Amérique du Sud.
Tout camion suspecté de transporter des denrées produites selon des normes moins-disantes que celles de la France sera stoppé, explique Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs de Seine-Maritime. "Tant qu'on sera là, il n'y aura pas de produits qui rentreront dans le port ou qui sortiront du port si ces produits sont étrangers."
On a déjà des importations de produits qui ne respectent pas nos standards. Le [traité avec] le Mercosur va faciliter ça, va faire baisser les droits de douane, donc ils rentreront massivement et à plus faible coût.
Justin Lemaître, des Jeunes Agriculteurs de Seine-Maritimeà franceinfo
Les manifestants revendiquent un slogan, écrit sur la pelle d'un des tracteurs : "Le Mercosur, mort à coup sûr". Ils sont tous convaincus qu'ils n'ont rien à gagner avec l'entrée en vigueur de ce traité. "Je sais qu'il y a des produits qui vont rentrer qui seront moins chers et qui ne respecteront pas les normes, c'est vraiment une concurrence déloyale, déplore un agriculteur présent. Les consommateurs ne font peut-être pas attention à ces critères de qualité."
Une autre manifestation prévue le 20 janvier
"Si l'accord du Mercosur est signé et qu'il y a des produits étrangers qui rentrent en France, ils vont bouffer de la merde", lance cet autre manifestant, appuyé par un autre camarade : "Laissez-nous produire en France, on a les capacités de produire, donc laissez-nous produire et on va nourrir la France."
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, prévoit déjà de signer le 17 janvier, mais les agriculteurs mobilisés pensent que tout n'est pas perdu. "Il faut toujours montrer qu'on est là et qu'il y a du monde derrière, selon un manifestant. Si tout le monde se bouge, autres que les Français, les Belges et tout ça, ça peut faire bouger un peu le mouvement et nous faire entendre." Une manifestation est justement prévue le 20 janvier devant le Parlement européen, qui peut saisir la Cour de justice de l'Union européenne pour suspendre l'entrée en application et qui peut aussi refuser de voter le traité.