Des salles de classe transformées en dortoir et réfectoire: plus de 80 enfants sans toit occupent avec leurs parents une école désaffectée de Lyon, une opération d'une ampleur «très exceptionnelle» menée vendredi soir par un collectif en l'absence de solution d'hébergement. Des enfants de tous âges s'égaillent dans le froid ou glissent sur des toboggans, sous la surveillance de parents sortis des préfabriqués qui accueillaient jusqu'à récemment des élèves. Des enseignants et des parents d'élèves bénévoles du collectif «Jamais Sans Toit» (JST) ont installé plus d'une centaine de matelas dans le bâtiment encore chauffé pour y faire dormir 27 familles.
Depuis parfois deux ans, la plupart dormaient dans les établissements scolaires de leurs enfants, principal modus operandi de JST, un collectif né à Lyon en 2014 et qui recense actuellement «315 enfants sans solution d'hébergement» dans l'agglomération. «C’est un peu illégal mais c’est toléré par les pouvoirs publics parce qu’il n’y a plus d’autres options pour ces enfants et leurs familles», plaide Juliette Murtin, porte-parole de JST. Ils sont tous scolarisés et leurs parents sont souvent réfugiés ou inscrits dans des parcours migratoires.
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Passer la publicité«C’est totalement insuffisant»
Hajja et son époux, 53 ans tous deux, arrivés d'Algérie il y deux ans avec leurs trois enfants de 10, 13 et 15 ans, passaient de squat en squat - le papa dormant parfois dans une voiture avec son fils - avant que des enseignants ne les dirigent vers JST. «Grâce à eux, on dormait depuis un an et deux mois dans une école», sourit timidement Hajja.
La mairie de Lyon, qui ne voulait pas laisser ouvertes les écoles où dormaient habituellement les familles durant les vacances de Noël, a payé 15 nuits d'hôtel à chacune d'entre elles avant de les orienter vers des gymnases ouverts aux sans-abris par la préfecture du Rhône dans le cadre du Plan Grand Froid reconduit jusqu'à mardi.
«C'est totalement insuffisant», s'émeut Juliette Murtin, soulignant que les gymnases sont saturés et que les enfants doivent y dormir au milieu d'autres sans-abri adultes, ce que refusent certaines familles. L'opération de vendredi, «très exceptionnelle à cette échelle», était «la seule option», ajoute-t-elle. JST réclame à la préfecture «un accompagnement social» puis «des solutions dignes et pérennes pour chaque famille». En attendant, dans l'excitation et les rires, parents et enfants descendent les tables des classes dans le hall d'entrée pour organiser un réfectoire commun.
«Nous ne sommes pas formés pour ça et on s’épuise»
«On refusait de remettre les familles séparément dans les écoles parce que c'était des conditions de vie indignes et que ça durait depuis plus d'un an», martèle Sonia Mirallès, enseignante membre de JST qui a dormi sur place. «Mais les parents et les enseignants ne sont pas des travailleurs sociaux, nous ne sommes pas formés pour ça et on s'épuise», renchérit Faustine Chillet, mère d'élève qui hébergeait trois familles.
Malgré l'ouverture de 250 places, dont 220 dans deux gymnases lyonnais pour le plan Grand froid, la préfecture du Rhône plaide «une saturation du système d'hébergement d'urgence parce que les personnes ne le quittent pas vers d'autres solutions».
Passer la publicité«Quelque 30% sont accueillies depuis plus de 5 ans», explique à l'AFP la préfecture, selon qui l'État finance chaque année 27.000 places d'hébergement dans le Rhône pour 117 millions d'euros. Selon l'UNICEF, à la rentrée 2025, 2159 enfants étaient dans la rue avec leur famille en France, 30% de plus qu'en 2022.