Dans la petite commune normande d’Heudebouville (Eure), les enfants n’ont jamais été aussi contents d’aller à l’école depuis l’arrivée du S’Cool bus. Chaque matin, à 7 h 45, ce vélo collectif à assistance électrique vient chercher à domicile huit d’entre eux. Accompagnés d’un chauffeur, ces écoliers du CE1 au CM2 pédalent ensemble sur quelques centaines de mètres jusqu’à leur établissement. Le soir, rebelote : ils sont redéposés chez eux. « Les bénéficiaires sont très heureux. Le S’Cool bus est rempli toute l’année et ça fait des envieux ! », confie Hubert Zoutu, maire du village de 800 habitants, situé près de Louviers.
L’élu a mis en place cette initiative il y a un an. Il réfléchit sérieusement à en louer un deuxième, au vu des bénéfices. « Cela permet à certains enfants de venir désormais à vélo à l’école », cite-t-il en exemple. Cet objectif répond pleinement à celui fixé par l’agglomération de Seine-Eure, initiatrice du service. En 2017, la collectivité normande, qui englobe 60 communes entre Paris et Deauville, a été la première de France à proposer un tel modèle.
Passer la publicitéRemise en route en 2023
Alors que 53 % de ses habitants empruntent leur véhicule pour faire moins de 5 kilomètres, le vélo s’est imposé dans ce territoire comme une alternative crédible à la voiture : 70 kilomètres de pistes cyclables ont déjà été construits. « Les infrastructures, c’est bien, mais il faut penser aux usages », confie Bernard Leroy, président de l’agglo Seine-Eure, qui a toujours été ulcéré par les parents prenant la voiture pour déposer leur enfant à l’école… alors qu’ils habitent à 300 mètres.
À l’époque, l’élu en parle avec le directeur des mobilités, qui lui souffle l’idée du vélo-bus électrique, vu notamment à l’étranger. Une expérimentation est alors lancée, financée à 80 % par le ministère de l’Écologie. « On a trouvé une start-up locale qui a importé un modèle fabriqué en Hollande », se souvient Bernard Leroy, également maire du Vaudreuil. Le test porte ses fruits : « Lorsque les enfants pratiquent le S’Cool bus une fois, quasiment 50 % viennent à vélo à l’école les deux mois suivants. »
Coût assuré par les collectivités
Alors que dix véhicules circulent pour le plus grand bonheur des enfants mais aussi des parents, le système s’arrête brutalement en 2020 en raison d’un défaut d’homologation. Retrouver un concepteur s’annonce difficile. « Nous avons eu la chance de tomber sur des ingénieurs de Nantes qui avaient entendu parler de ce projet », se remémore Bernard Leroy. Pendant deux ans, ces professionnels se donnent pour mission de créer un produit similaire répondant aux normes. Le pari est tenu. Deux ans plus tard, l’entreprise nantaise Humbird lance son Woodybus en bois, qui séduit aujourd’hui des dizaines de territoires, à l’instar de Marguerittes, dans le Gard.
De son côté, l’agglomération Seine-Eure en a commandé quinze depuis 2023. Elle cherche désormais à obtenir des autorisations pour les utiliser lors des activités périscolaires. Gratuits pour les utilisateurs, ces S’Cool bus représentent un certain coût pour les collectivités. L’agglomération les achète au prix unitaire de 18 000 euros, et paye chaque année deux tiers des charges de fonctionnement (13 000 euros). Les municipalités s’acquittent du dernier tiers, soit 7 000 euros annuellement. « C’est un vrai sujet pour les petites communes », sait trop bien Bernard Leroy, face à un budget parfois difficile à trouver. À moins de compter sur de généreux mécènes, à l’instar du Manoir-sur-Seine, qui a reçu le don d’une entreprise couvrant l’intégralité de la part communale.